Recevoir et donner

Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à l’Institut protestant de théologie, a donné le 29 septembre à Sanary une conférence sur le don, devant les trésoriers de la région PACCA. De cette riche réflexion, construite sur les verbes donner, recevoir, prendre, perdre, nous reprenons ici quelques pistes, autour de recevoir et donner…

On peut aussi bien tout comprendre à partir du « recevoir » qu’à partir du « donner ».

 

On mesure l’importance du recevoir et de la réception en général, trop souvent sous-estimée, quand on pose la question de la non-obligation de recevoir, la possibilité de refuser (centrale dans l’esthétique d’Emmanuel Kant), puisqu’on ne peut forcer quelqu’un à partager ce qui nous fait plaisir. Voir aussi l’importance de la parole johannique : « La parole est venue dans le monde et le monde ne l’a pas reçue », et de la vertu d’approuver ce que l’on reçoit, de le vouloir.

 

Il n’y a de don que reçu. Et tout don crée une réceptivité.

 

Un être qui ne peut recevoir tout ce que je lui donne finira par casser ce qui lui est donné, par me casser. D’autres êtres donnent beaucoup et il n’y a personne pour recevoir à la hauteur de ce qu’ils voudraient donner, mettre au monde…

 

Qu’acceptons-nous comme un don ? (© Pixabay)

 

 

 

Un sol réceptif

 

Un sol si réceptif que la moindre graine donnerait des résultats prodigieux, inattendus, inédits… (voir Calvin)

 

La grâce, c’est ce qui est toujours déjà là comme limite, condition transcendantale que nous ne pouvons nous donner. Et c’est ce qui nous est donné sous la forme d’un sol de traditions et d’alliances déjà sédimentées, d’endettements divers que nous ne pouvons nommer et énumérer que parce que nous les acceptons comme des dons.

 

Recevoir et donner, mais prendre et perdre. Cela forme un « carré éthique ». Le courage de prendre et de donner, le pardon de recevoir et perdre (pardon = perdre). Mais le pardon compris dans le courage de recevoir et de perdre. Et le courage compris dans le pardon de prendre et de donner…

 

Penser à ce qu’on peut prendre, ce qu’on ne peut pas prendre. Ce qu’on peut recevoir et ce qu’on ne peut pas recevoir. Ce qu’on peut donner et ce qu’on ne peut pas donner. Ce qu’on peut perdre et ce qu’on ne peut pas perdre.

 

 

La liberté de prendre, de donner et l’obligation de recevoir, de perdre. Mais aussi l’inverse : la liberté de perdre, de recevoir et l’obligation de prendre, de donner.

 

Donner pour recevoir, donner parce qu’on a reçu. Recevoir pour donner, recevoir parce qu’on a donné. Donner pour prendre, donner parce qu’on a pris. Prendre pour donner, prendre parce qu’on a donné, etc.

 

 

Courage et sagesse

 

Le courage de recevoir, d’accepter son visage, la finitude et le hasard absurde d’avoir toujours déjà reçu ; le courage de se montrer, de s’essayer, de s’interpréter ; et le courage de prendre, de commencer en prenant, en désirant prendre part. La sagesse de donner, de pardonner même, de tout donner parce qu’on avait déjà reçu, tellement ; la sagesse de se retirer, de s’effacer, parce qu’on s’est montré ; et la sagesse de lâcher parce qu’on avait tant pris…

 

L’utopie de ne vivre qu’en donnant sans jamais rien prendre : « SEL» (système d’échange local), troc, internet, etc. Mais aussi l’utopie de ne vivre qu’en prenant sans jamais rien recevoir.

 

 

On peut prendre et recevoir plus que l’on ne donne et que l’on ne perd, et alors on grossit. On peut donner et perdre davantage que l’on ne prend et reçoit, et alors on diminue. Cependant, et de toute façon, tôt ou tard, on est obligé de prendre, et on est obligé de perdre. C’est physique et biologique, et sinon c’est la mort. Mais on n’est pas obligé de recevoir, et on n’est pas obligé de donner : c’est culturel, même si l’échange est vital pour les sociétés. Mais on peut aussi prendre comme si l’on recevait, et on peut perdre comme si on donnait ; c’est cette limite que désigne la fonction religieuse.

 

 

 

 

 

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