« Avez-vous compris ? » (V. 51)

Lecture de l’Évangile de Mt 13

Le Visage du Christ, attribué à Palma l’Ancien, huile sur bois, xvie siècle, Smithsonian American Art Museum, Washington (États-Unis)

Les textes des dimanches de juillet, après un petit détour par le chapitre 11, prévoient la lecture du chapitre 13 de l’Évangile de Matthieu. Un chapitre presqu’entièrement consacré aux paraboles du Royaume, lors d’une adresse à la foule, venue en nombre écouter Jésus. Les disciples sont présents également et c’est l’occasion pour Jésus de constater la différence de compréhension parmi le public qui l’écoute.
Les paraboles sont des petites histoires instructives par lesquelles Jésus indique une différence dans la réception de son message. Les grains ou la perle, ou le filet, sont autant d’images pour illustrer les comportements de celles et ceux qui écoutent l’enseignement de Jésus. Pour la plupart (les foules), les gens sont heureux de ce qu’ils entendent et sont plutôt bien disposés à l’égard de Jésus (la foule est nombreuse à le suivre et semble avide de l’écouter). Mais peu de gens sont en capacité ou ont la volonté de suivre Jésus, de le suivre vraiment !

 

« Avez-vous compris ? »
Il faut dire qu’en matière de suivance, Jésus a déjà indiqué de quoi il s’agit, et ce n’est sans doute pas donné à tout le monde. Suivre Jésus, c’est accepter des conditions de vie dont les repères sont chamboulés : « le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête » et « [pour me suivre] laisse les morts enterrer leurs morts » (Mt 8.18-22). Pas de domicile fixe et donc pas non plus de relations sociales stables à un seul endroit. La tradition et le rituel ne seront plus non plus les points de repère.

Les paroles et les gestes de Jésus sont très appréciés de la population qu’il croise lors de son passage dans les différents villages de Galilée et de Judée. Tout son enseignement attire des foules touchées par ses paroles et émerveillées par les gestes de guérison que Jésus opère. Pourtant, à travers les paraboles, Jésus souligne que cela ne suffit pas. En effet, tout comme la destinée des graines, ses paroles sont étouffées par des détresses, des persécutions ou plus simplement par les soucis quotidiens.
Il arrive aussi qu’une volonté bien disposée soit confrontée à tellement de contre-vérités que, comme dans la parabole de l’ivraie, le blé se retrouve en concurrence avec cette graine toxique, qu’il est quasiment impossible d’enlever au risque de détruire le blé lui-même ! Il faudra attendre la moisson (image de la fin du monde/du Jugement dernier) pour que l’ivraie soit séparée et brûlée afin de ne garder que le blé qui aura donné du fruit.

 

« Car le cœur de ce peuple s’est épaissi »
Ce qui semble empêcher la foule de comprendre, Jésus l’explique en puisant dans les textes de la tradition ancienne, la première Alliance. Matthieu met dans la bouche de Jésus une citation – librement interprétée – du livre d’Ésaïe : « Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, (…) pour ne pas comprendre (…) pour ne pas se convertir » (Es 6.9-10).
À travers l’interprétation de Matthieu, Jésus dénonce le caractère délibéré du refus de comprendre. L’épaississement du cœur, la surdité et les yeux bouchés sont considérés comme une défaillance coupable. La racine du mal réside dans le fait qu’avec le cœur, c’est l’organe directeur, le centre même de la personne qui s’est épaissi et qui est devenu insensible. La situation n’est pourtant pas irrévocable : à l’écoute des paraboles, les foules peuvent saisir le geste de Jésus. Celui-ci cherche inlassablement leur attention afin de les conduire « dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux » (Mt 5.12).

 

Comprendre que l’on compte pour Dieu
Au préalable, dans ses chapitres 5 à 7, Matthieu présente l’enseignement de Jésus à travers le Sermon sur la montagne. C’est une longue série de recommandations pour la vie au quotidien, les uns avec les autres, en cohérence avec le lien établit par Dieu, en Jésus-Christ. Il y est question de l’attention que Dieu porte à chacun, individuellement et collectivement, socialement. Jésus demande à ceux qui entendent son enseignement d’avoir cette même attention les uns pour les autres, dans le respect des recommandations, afin que leur vie soit cohérence et porte du fruit.

Tout ce que les gens reçoivent à travers l’enseignement de Jésus, ils en sont heureux parce qu’ils ont effectivement compris qu’ils comptaient pour lui, pour Dieu. En revanche, lorsqu’à leur tour ils sont appelés à s’engager dans ce même élan, à porter un regard bienveillant vis-à-vis d’autrui, leur volonté flanche, leur être se rebiffe, leur vécu douloureux les bloque. Alors, ce qu’ils ont entendu s’étiole et ils se détournent. Les soucis, grands ou petits, viennent étouffer l’élan premier. Les contre-vérités et autres discours de stigmatisation tendent à occulter les paroles de bonté et de confiance.

 

Passer de l’écoute à l’engagement
Hier ou aujourd’hui, à l’époque de Jésus ou à la nôtre, ces paroles d’avertissement de Jésus sont toujours d’actualité. Comprenons-nous ce que Jésus attend de nous ? Accepterons-nous les difficultés inhérentes au monde, traversé par des douleurs et des contraintes, sans pour autant lâcher les convictions que nous inspirent les paroles de Jésus ? Saurons-nous passer de l’écoute – heureux d’entendre les messages qui nous font du bien et nous soutiennent – à l’engagement responsable et solidaire ?

Si les difficultés ne manquent pas, l’engagement et la « suivance » sont aussi et surtout synonymes de joie (comme lors de la découverte du trésor caché au verset 44) et de confiance. Jésus enseigne, inlassablement, pour nous rappeler le lien fidèle que Dieu construit avec l’humanité.

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