L’Abel histoire de Caïn

Après les récits de Création, le Livre de la Genèse se poursuit par l’histoire dramatique de Caïn et Abel où, à bien des égards, se jouent les drames de l’humanité.

Notre Bible s’ouvre par l’histoire d’un meurtre. Celui d’Abel (qui signifie « buée ») par Caïn. Le sang versé s’enracine dans un « sentiment d’injustice » :

 

« Pourquoi l’offrande d’Abel et pas la mienne? » Aujourd’hui, nous sommes nombreux à éprouver le même sentiment d’injustice, même si les raisons sont différentes : «Pourquoi n’ai-je pas d’emploi alors qu’eux en ont?»,

 

« Pourquoi dois-je me débrouiller tout seul pour mon logement, mes factures, alors qu’eux bénéficient de toutes sortes d’aides ? »,

 

« Pourquoi leurs aides sont-elles plus rémunératrices que mon emploi ? », « Pourquoi ? ». L’histoire de Caïn et Abel place le sentiment d’injustice comme inexpliqué. À jamais insoluble. L’important n’est pas mon sentiment d’injustice mais l’injustice.

 

Le drame de la non-parole
Caïn, rempli de ce sentiment d’in-justice, va voir son frère Abel pour lui parler. Dans le texte hébreu, littéralement, il est écrit : « et lui dit… ». Puis plus rien. Comme si Caïn n’avait pas su, pas pu, pas voulu parler. Comme si la haine l’avait empêché. En l’absence de mots, Caïn va laisser parler son sentiment d’injustice : « celui qui n’a pas la capacité de s’exprimer risque de se faire violence ou de violenter ». Aujourd’hui, nous sommes nombreux à ne plus savoir parler. Nous nous glorifions de vivre dans une société de la communication, mais la parole n’a jamais été aussi absente. Nous préférons souvent passer notre temps sur notre por-table que de parler avec nos voisins, voire nos enfants ou notre conjoint. Et, en l’absence de paroles, la société sombre dans la violence et la haine : les ignobles comme les plus ordinaires…

 

William Blake,

 

« Adam et Eve trouvant le corps d’Abel », huile sur toile,1826

 

@wikimédia commons

Le drame de la présence de l’autre
Caïn, le premier, est en présence d’un frère. Ses parents ont donné naissance à une fratrie. Il doit faire face à un autre, à la fois semblable mais aussi différent. Il a le choix de le considérer comme un semblable, son « alter-ego », avec les mêmes droits et la même dignité que lui, ou comme un « alien », inassimilable, qu’il peut dominer, écraser, voire éliminer s’il se sent, par lui, menacé. Et nous savons le choix de Caïn… La mort d’Abel consiste en un fratricide, bien entendu. Mais, au-delà, symboliquement, c’est surtout un « abélicide » : le meurtre de la buée insignifiante tout autant que le meurtre du brouillard qui gêne sa vue, l’empêche de se mouvoir librement. Aujourd’hui, que faisons-nous de l’autre ? Le différent ? Celui qui est insignifiant à nos yeux ou aux yeux de la société ? Celui qui nous dérange ou dérange nos habitudes, notre fonctionnement ? Et « qui peut se targuer de ne pas être abélicide ? ». Car chaque fois que nous refusons l’impuissance, que nous excluons d’être remis en question dans nos positions, nos certitudes, ne sommes-nous pas abélicides ?

 

L’enjeu
Le récit de Caïn et Abel est une invitation à la parole. Une parole qui dresse des ponts vers l’autre, différent de moi mais surtout semblable à moi, pour construire ensemble une société qui lutte contre l’injustice. C’est un appel à « agir bien », pour l’autre, au-delà de son intérêt. Autrement dit à assumer sa responsabilité envers l’autre, quel qu’il soit.

 

 

 

 

 

 

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