A comme Matthieu.
B comme Marc.
C comme Luc.
Ce n’est peut-être pas très intuitif, mais les trois premières lettres de l’alphabet désignent le roulement perpétuel sur trois années liturgiques des trois évangiles synoptiques, ceux qui se ressemblent. L’année A, les lectures de l’évangile lors des liturgies dominicales sont principalement empruntées à l’évangile de Matthieu ; l’année B, à celui de Marc ; l’année C, à celui de Luc. Puis l’on revient à une année A, à l’écoute de Matthieu, et ainsi de suite. Souvent, la prédication porte sur le texte évangélique qui vient d’être lu.
Lors du culte, la lecture de deux autres passages de la Bible est souvent associée à celle de l’évangile. L’une est extraite de l’Ancien (ou Premier) Testament, la seconde du Nouveau Testament hors évangiles. Ces assemblages de lectures ne relèvent généralement pas du choix de la personne en charge de la prédication. Ils sont plutôt déterminés par une liste commune établie depuis longtemps : le lectionnaire.
« Le lectionnaire tel qu’il a été proposé par Vatican II est suivi par toute l’Église catholique et par de nombreuses Églises protestantes, explique Antoine Nouis dans son dernier livre *. Pourtant, il ne manque pas de défauts. Certains textes importants ne sont jamais prêchés, les passages du Premier Testament ne sont choisis qu’en rapport avec l’évangile, et les passages des épîtres n’ont pas toujours un lien avec l’évangile. En outre, certains chapitres sont découpés pour être lus à des dates éloignées les unes des autres, ce qui empêche de suivre la logique d’un raisonnement. »
Selon la paroisse ou l’Église locale que vous fréquentez, vous n’avez peut-être jamais rencontré le lectionnaire. Ou bien on ne vous a jamais dit que les lectures bibliques que vous entendez le dimanche matin viennent d’une liste « universelle ».
Nouis ajoute que, « comme les mêmes textes reviennent tous les trois ans, la fidélité au lectionnaire peut provoquer une lassitude au bout d’un certain temps. Ces défauts ont fait que la tradition réformée a préféré la lecture continue d’un livre biblique dimanche après dimanche. »
Pourquoi suivre le lectionnaire ?
Il ne faudrait pas que les défauts du lectionnaire en masquent les qualités, à commencer par son œcuménisme. « C’est un beau signe que le même évangile soit commenté les mêmes dimanches dans les églises et dans les temples », estime à juste titre le pasteur Nouis.
Autre atout du lectionnaire pour le prédicateur qui s’y réfère : il est « conduit à prêcher sur des passages qu’il n’aurait pas médités spontanément, à sortir de sa zone de confort dans sa relation avec l’Écriture », poursuit Antoine Nouis.
Le prêcheur est ainsi stimulé dans son étude des Écritures ; l’auditeur n’est pas enfermé dans les seuls textes favoris des ministres du culte qu’il entend. Ceci est valable en tout cas pour un cycle de trois années.
Une année liturgique, qu’elle soit A, B ou C, commence toujours le premier dimanche de l’Avent, c’est-à-dire fin novembre ou début décembre. Ainsi, le 2 décembre prochain commencera l’année B, celle de l’évangile de Marc. Le premier passage évangélique de l’année liturgique sera Marc 13.33-37, une exhortation pressante à veiller, dans l’attente du Maître.
Lire la Bible chaque jour
Si le lectionnaire guide les lectures bibliques dominicales, une autre liste propose une lecture quotidienne et continue de la Bible. D’un usage souvent individuel, elle permet lorsqu’on la suit de lire par petites portions tout l’Ancien Testament et deux fois le Nouveau Testament sur un cycle de huit ans. Cette liste, proposée par la Communauté de travail œcuménique pour la lecture de la Bible, est reprise dans votre magazine mensuel et dans Pain quotidien, le livret annuel coédité par la Société luthérienne, Olivétan et les Éditions réformées.
Pain quotidien suit l’année civile et commence au 1er janvier. Il commente chaque jour brièvement la lecture du jour. En 2027, on lira, en intercalant l’Ancien et le Nouveau Testament, le début de la Genèse, 1 et 2 Samuel, Job, le Deutéro-Ésaïe, Nahum, l’évangile de Matthieu, les épîtres aux Romains, aux Philippiens, de Jacques.
* Antoine Nouis, Dimanche après dimanche. Prêcher le lectionnaire de l’année B, Lyon/Paris, Olivétan/Salvator, 2026
