Comme chaque mois, un psaume est proposé chaque jour à notre lecture. Ce mois-ci nous commençons le cinquième livre avec le psaume 109. Quelques-unes de nos bibles indiquent ces débuts de livres, d’autres ne les précisent pas car pendant longtemps nous n’y avons pas prêté attention. Il me semble bon de se rappeler ces ensembles afin de voir les liens possibles dans la succession des chapitres que sont les psaumes et ainsi la progression suggérée. Longtemps nous avons lu chaque psaume indépendamment de ceux qui l’entourent alors qu’ils peuvent en aider la lecture. Ici, nous terminons avec les psaumes des montées, louange à Dieu par ceux qui se rendaient au Temple.
Différentes façons de parler de Dieu
Dans les psaumes, il nous est proposé différentes façons de parler de Dieu. Mais, parfois, les versets qui le présentent en Dieu vengeur, violent, punissant (surtout les autres) choquent et nous ne savons pas comment les lire… C’est pour cela que certains lisent les versets contre les ennemis, les adversaires, comme concernant les ennemis spirituels et que le psautier des communautés religieuses met ces versets entre crochets : si cela ne nous parle pas, ne le lisons pas !
Chacune, chacun peut lire les Psaumes à sa manière : ils peuvent aider nos prières quand nous manquons de mots et ainsi devenir notre propre prière ou nous entraver, être un caillou dans notre lecture qui fait s’arrêter pour réfléchir et parfois ne pas être d’accord. Ils sont des témoignages de prières, parfois plus un enseignement que des paroles adressées à Dieu. Cela nous laisse la liberté de les lire à notre façon.
Le psaume 109
Je vous propose de prendre l’exemple du psaume 109 : « Pourtant, moi, je ne fais que prier » (verset 4, traduction de la Nouvelle français courant). Cette fin de verset indique très clairement une prière. D’ailleurs, le titre de ce livre en hébreu est Chants de louange. Ainsi, quand les psaumes appellent à la vengeance ou à la mort des ennemis, cela se fait dans une prière : le psalmiste n’ira pas tuer ses adversaires… Il s’en remet à Dieu, parfois avec des mots violents qui nous choquent mais ce sont des mots qu’il vaut mieux dire devant Dieu que garder jusqu’à ce qu’ils pourrissent nos pensées, nos vies ou jusqu’à passer à l’acte.
Dans le psaume 109, le psalmiste énumère devant Dieu tous les griefs qui lui sont reprochés et les conséquences que cela a sur sa vie. Oser tout dire permet de se décharger, libère de ce qui pèse et entrave. Cela soulage et peut permettre de ne plus se sentir seul à porter ce souci. Il vaut mieux déposer devant Dieu toutes les pensées qui peuvent miner nos vies que les garder et les ruminer.
Ambivalence de la prière
Alors que des paroles telles que « Délivre-moi, secours-moi, sauve-moi » cherchent avant tout la relation à Dieu, sa présence et son soutien, celles qui disent « que ces gens le sachent : c’est toi qui as agi » ou encore « que mes accusateurs soient revêtus de déshonneur » semblent être une tentative de manipulation. Avec « Je suis pauvre et malheureux, j’ai le cœur transpercé » cela montre combien nos prières sont ambivalentes : désir de la présence de Dieu et confiance en Lui, tout en ayant beaucoup d’idées sur ce que Dieu pourrait (devrait ?) faire et en osant les dire. N’y a-t-il pas un soupçon de superstition ? De désir d’exaucement ? Les prières de demande semblent s’adresser à un pouvoir supérieur pour des objectifs très personnels, c’est du moins ce qui est souvent reproché aux religions, croire pour éviter le malheur. Il nous faut y être vigilants et le psaume 109 peut nous y aider. Les demandes très précises de punition des accusateurs ne semblent pas être le but vraiment recherché. C’est plutôt la présence de Dieu –« Car il se tient à la droite du malheureux » (v. 31) – qui est in fine recherchée à travers un flot de demandes.
Les prières de demandes, même quand elles frôlent la croyance que Dieu me protégera et punira celles et ceux que je considère comme des ennemis, même ces prières-là peuvent conduire à se tenir devant Dieu et accepter ce qui advient sans dicter à Dieu ses actes.
Nos prières exaucées
En cela les Psaumes nous enseignent que, quoi que nous demandions, nos prières sont exaucées puisque Dieu est présent, avec nous, même si ce que nous demandons n’arrive pas. Sa présence, son amour se vivent dans nos temps de prière, qu’elles soient remplies de paroles, parfois violentes, ou qu’elles soient silencieuses. Rien de magique ni d’automatique, ce décentrement, cette acceptation, ne fonctionne pas à chaque fois, la fin du verset 31 le montre : « pour le sauver de ceux qui le jugent ». Le psalmiste n’est pas resté devant Dieu libéré de toute demande de vengeance, il en conclut sa prière.
Pourtant, dans le verset 21, « Ta bonté fait tant de bien », il y a bien eu ce temps de reconnaissance que seule la présence de Dieu importe, seule la relation personnelle fait du bien, peu importe ce qui se passera pour les accusateurs.
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Importance de la communauté
C’est ici qu’il manque peut-être au psaume 109 ce qui est présent dans d’autres psaumes, la communauté, le groupe qui peut aider à se décentrer du souci de soi. En priant avec d’autres, en priant pour les autres, nos prières s’ouvrent et nous libèrent de l’égoïsme. Une des hypothèses pour la compilation du livre des Psaumes est qu’ils étaient utilisés pour la liturgie du Temple, donc en présence de la communauté. Car comment questionner le dieu que je prie, l’image ou plutôt l’idée que je m’en fais, si ce n’est avec d’autres ? Comment interpréter les textes bibliques sans m’enfermer dans mes pensées si ce n’est en acceptant d’entendre d’autres avis que le mien ?
Les Psaumes nous questionnent : quel dieu je prie ? Dans quel monde je vis ? Qu’est-ce que j’en dis et qu’est-ce que j’y fais ? Quelle humaine je suis ? Les exemples sont variés dans ce livre, à nous de les interpréter, de nous les approprier et de témoigner que les prières, même les demandes précises de punitions ou de vengeance n’attendent pas forcément d’exaucement. Dire tout cela à Dieu peut soulager et dépréoccuper celui ou celle qui les dit, même si au début de ce cinquième livre des Psaumes, il faut attendre le psaume 111 pour trouver les fidèles assemblés et la louange au Seigneur.
