L’Académie de Saumur, jalon d’une église toujours se réformant

Célébrer Luther, les 500 ans de la Réforme revient non à révérer le passé, mais à repérer les jalons d'une histoire bien plus ancienne et qui rebondit aujourd'hui. Un de ces jalons est offert moins d'un siècle plus tard par les académies (grandes écoles pluridisciplinaires fondées en France par les Églises réformées). 

Celle de Saumur réunit au mitan du XVIIe siècle de remarquables théologiens (nombreux étrangers) qui vont ouvrir tant de pistes que parcourt encore notre Église. Face à un calvinisme de stricte obédience acquis à Théodore de Bèze, arc-bouté sur les canons du Synode de Dordrecht (1618-1619), l’Académie de Saumur soucieuse de faire droit à la raison, de tenir ensemble science et religion –l’ombre portée du voisin Descartes sans doute– va, à sa mesure et à celle de l’époque, multiplier les audaces : appareillage biblique, mise au point herméneutique, déconstruction dogmatique, positionnement sociétal.

 

 

 

A côté de celle de Saumur, une Académie protestante fut ouverte à Die@C. Jacon
A côté de celle de Saumur, une Académie protestante fut ouverte à Die@C. Jacon

Bible

 

Le démontrent les quelques professeurs évoqués ci-après. Louis Cappel (1585-1658) ébranle la doctrine de l’inspiration littérale selon laquelle les Écritures sont la simple transcription de la Parole de Dieu. D’abord dans « Arcanum punctiationis revelatum » (1624) où il conteste la dictée par Dieu des points-voyelles –ajoutés tardivement au texte hébreu pour en faciliter la lecture. Puis dans « Critica sacra » (1650) où, en regard du texte hébreu auquel se référaient quasi exclusivement la plupart des commentateurs protestants, il considère avantageuses les autres versions et traductions de l’Ancien Testament. Avec Cappel le texte hébreu de la Bible entrait dans la condition commune : comme tous les textes il avait une histoire (…) Pour (lui) la vérité est produite par le travail de la raison fabricatrice : son herméneutique engendre donc un transfert de sacralité de l’antique vers le rationnel. (1).

 

Louis Cappel@wikimedia.org
Louis Cappel@wikimedia.org

Prédestination

 

C’est autour de la doctrine de la prédestination déjà nuancée par Jacob Arminius (1560-1609) pourtant sensé la défendre, que l’on retrouve l’écossais John Cameron (1580-1625) et son disciple Moïse Amyraut (1596-1664) qui veulent en résoudre les difficultés et contradictions. Ainsi, dans « Bref traité de la prédestination » (1634), Amyraut développe la théorie de l’universalisme hypothétique : Dieu veut sauver tous les humains, à condition toutefois qu’ils croient. Amyraut témoigne aussi de la diversité des perspectives ouvertes sur la modernité par les penseurs de l’Académie de Saumur avec son « Discours de la souveraineté des roys » (1650). Il y défend Édit de Nantes et liberté de conscience en distinguant et replaçant avec précision domaine religieux et domaine politique confondus par l’Ancien Testament et la chrétienté constantinienne.

 

Péché

 

En affirmant dans « Statu dominis lapsi ante gratiam » (1640) que le péché d’Adam retombe sur ses descendants non pas en vertu de décisions divines discriminatoires mais parce que pèse sur eux le fardeau d’un triste héritage, Josué de la Place (1596- ?) dénonce la doctrine de l’imputation immédiate du péché d’Adam pour faire droit à l’autonomie des humains et à leurs latitudes. Avec de la Place, comme avec les autres penseurs de l’académie de Saumur, toujours le but est le même : éviter de laisser croire que Dieu agit par caprice, condamnant au hasard l’innocent comme le coupable, ou attirant les élus à lui par une force aveugle. (2).

 

 

 

(1) François Laplanche, Tradition et modernité au XVIIe siècle…, Annales ESC 1985/3, p 467 & 480.

 

(2) François Laplanche, L’Écriture, le sacré et l’histoire…, APA-HUP 1986, p. 18-19.

 

 

 

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