Corruption : et si c’était nous le problème ?

Le paradoxe saute aux yeux. Comment parler de confiance quand la défiance gangrène tout, depuis nos assemblées jusqu’à nos vies intimes ? Ne serait-elle pas devenue le signe d’une grande naïveté ?
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Samuel Amédro

On aimerait croire que la faute vient d’en haut. Mais soyons lucides : les responsables politiques sont souvent le miroir du peuple qui les élit. Machiavel l’avait déjà vu : les dirigeants corrompus ne tombent pas du ciel – un peuple corrompu les élit et les tolère. À chaque scrutin, chacun vote d’abord pour soi.

 

La corruption n’est pas seulement une affaire de loi, ni même de morale : c’est un mouvement intérieur, une perte du sens du don. Elle commence quand ce que je reçois – dons, responsabilités, confiance – cesse de circuler. Le don devient privilège, la reconnaissance calcul, la charge rente : le bien reçu devient propriété et tout se corrompt.

 

Pourquoi la main se referme-t-elle ? Par peur : peur de manquer, de perdre, de ne pas être reconnu. Cette peur, vieille comme le monde, nous pousse à verrouiller, à accumuler. Dans le désert déjà, le peuple libéré regrettait les marmites d’Égypte : mieux vaut l’esclavage rassurant que la liberté risquée. Quand la vie n’est plus reçue comme un don, elle devient butin à défendre.

 

Mais la gratitude ne se décrète pas, elle s’exerce.

D’abord recevoir : ouvrir les yeux sur ce qui est là – paix, santé, solidarité, confiance.

Puis reconnaître : rien n’allait de soi ; derrière chaque bien, des visages et, plus loin encore, la grâce de Dieu.

Enfin partager : faire d’une possession une responsabilité, d’une réussite un service.

 

Alors la gratitude devient force de libération. Elle rend la confiance possible, transforme l’inquiétude en espérance. Ce n’est pas de la naïveté, mais une résistance spirituelle au cynisme et à la comparaison.

 

Tout commence par un merci. La corruption commence quand la main se referme. La gratitude la rouvre. Demain matin, par quoi commencerons-nous ? L’inventaire de nos manques ou la reconnaissance de ce qui nous a été confié ? Cette question vaut pour nos chambres, nos familles, nos paroisses, nos conseils. Et nous avons raison d’apprendre ce réflexe à nos enfants. Si nous réapprenons la gratitude, la lumière peut grandir – pour nous et pour tous.

 

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