Les temples ruraux du Pas-de-Calais 14/20 : Wanquentin en ouverture

Au début du XIXe siècle, c’est en Artois, en milieu rural, dans un triangle limité au nord par Houdain et au sud par Arras et Pas-en-Artois que renaît le protestantisme dans le Pas-de-Calais. Ce sont de petits foyers apparus au XVIe ou au XVIIe siècle, dont les membres ont connu soit la clandestinité, soit l’exil.

Wanquetin possède la communauté la plus importante avec 283 paroissiens au recensement de 1805, suivi par Famechon (123), Verdrel (113), Achicourt (92) et Barly (60). 

 

 

Présentation d’ensemble 

 

Le décret du 16 mai 1805 crée pour le département cinq oratoires : Achicourt, Noyelle-Vion, Pas-en-Artois, Sombrin et Wanquetin, rattachés d’abord à l’église consistoriale de Rouen, puis en 1822, à celle de Lille. Le nombre d’oratoires est alors ramené à deux : Achicourt et Wanquetin, avec comme annexes Barly au lieu de Sombrin, Famechon à la place de Pas-en-Artois et Verdrel qui remplace Noyelle-Vion. La priorité pour les religionnaires est la venue d’un pasteur et de pouvoir célébrer le culte dans un lieu approprié. Dès 1804, les anciens d’Achicourt et de Wanquetin réclament auprès du président du consistoire de Paris un ministre. C’est chose faite en 1821 avec l’arrivée de Philippe Bellot. Le 16 avril 1823, une ordonnance royale le nomme pasteur de l’église consistoriale de Lille, au service des oratoires du Pas-de-Calais. Jusqu’en 1841, date de son départ il se consacre à l’organisation des paroisses et à la construction des temples. 

L’édification des lieux de culte intervient durant le second quart du siècle. Il a fallu attendre le passage de Lainé au ministère de l’Intérieur en 1816-1817, pour que l’administration favorise ces entreprises en apportant des subventions. Les communautés font preuve en la matière d’une grande vitalité, tant sur le plan financier, qu’en fournissant des matériaux pour en limiter le coût et en mettant la main à la pâte.  

L’extrait d’une lettre du pasteur Bellot publiée en 1822 dans les Archives du christianisme illustre le climat de ferveur religieuse et les conditions qui ont présidé à ces chantiers : « Nous avons présenté au préfet le plan et le devis d’un temple que nous allons bâtir à Wanquetin ; et la permission de commencer les travaux nous est accordée. Depuis le jour de l’an, on travaille à préparer les matériaux ; nous nous proposons avec la grâce du Seigneur, de poser la première pierre avant le mois d’avril, et de faire l’ouvrage de cette maison de prière avant la moisson. Hommes, femmes, enfants, le pasteur même, attendent avec impatience le moment favorable pour mettre la main-d’œuvre. L’avant dernière fois que je visitais l’oratoire de Verdrel, je fis part à toute l’Église rassemblée de ce que nous faisions à Wanquetin ; et je proposais de suivre l’exemple de nos frères, et de commencer sur le champ à recevoir des dons pour bâtir un petit temple. Un des plus zélés offrit de donner le terrain ; j’en pris note ; un autre offrit le plus bel arbre de sa propriété ; un autre, le bois pour les portes et les fenêtres ; un autre, tout l’ouvrage en fer, et ainsi de suite. Je trace moi-même, dans ce moment, le plan du temple, d’après les dimensions dont on convint dans cette assemblée. »  

Ces édifices de la campagne sont des constructions modestes, adoptant un plan sensiblement identique et généreusement éclairé. Bâtis avec des moyens de fortune, ils sont fragiles et doivent parfois être reconstruits peu après leur mise en service avec l’aide de l’État. 

 

 

 

 

Wanquetin, le temple des Hauts Capiaux 

 

Hauts Capiaux : selon un historien local, Pierre-Ignace Le Carlier (1686-1754), c’est ainsi que l’on désignait au XVIIIe siècle les protestants de Wanquetin et des environs. En dépit des menaces répressives qui pesaient sur eux, ceux-ci ne craignaient pas d’afficher fièrement leurs convictions religieuses. L’origine du protestantisme dans le village remonte au moins au XVIIe siècle. Il pourrait être le fruit du passage de prédicateurs venus de Picardie, tel Mathieu Nourtin condamné pour hérésie en 1755 par le Conseil d’Artois, qui auraient trouvé à Wanquetin et dans ses environs, mais aussi à Achicourt et dans la région de Pas-en-Artois, un contexte particulièrement favorable. 

Pendant la Révolution, le culte est célébré quelque temps dans l’église paroissiale, puis dans des maisons particulières. Pour la belle saison, on cite la grange de M. Loir, située en face du futur lieu de culte. Wanquetin ainsi que les autres oratoires du département reçoivent à l’époque la visite au moins deux fois par an, au printemps et à l’automne, de Jean de Vismes, pasteur à Quiévy, puis, après le Concordat, à Valenciennes.  

C’est en 1821 que le chantier du temple est lancé. Le terrain est donné par Marie-Josèphe Carpentier, veuve de François Place, sans que cela soit officialisé par un acte notarié. Une souscription à laquelle répondent 59 paroissiens recueille 2 216 francs. L’État verse une aide substantielle de 7 800 francs. Le 22 décembre 1821, l’autorisation de construire « une maison de prières » est délivrée. La première pierre est posée l’année suivante, comme en témoigne une inscription gravée sur un moellon du parement intérieur du temple : « Pierre fondamentale posée en 1822 par Bellot, pasteur des oratoires du Pas-de-Calais. P. de Felice pasteur à Lille. Pouchin maçon. » 

On ne connaît pas la date d’achèvement des travaux ; celle de 1828 est le plus souvent avancée. Un note historique rédigée en 1905 par le pasteur de Wanquetin, Théodore Bisseux, fournit des précisions sur le déroulement du chantier : « Deux entrepreneurs maçons, les deux frères François et Abraham Pouchain*, tous deux protestants, ont présidé à cette construction, moyennant salaire. Une souscription importante avait dû être faite parmi les intéressés. Les pierres ont été extraites dans un pré dépendant de la ferme de Monsieur Charles Baudrin. Les jeunes gens de l’époque, soit avant de commencer leur journée, soit à midi ou le soir allaient aider à monter les pierres de la carrière et à les transporter. Un autre coreligionnaire, Pierre André Dubois, menuisier-charpentier, s’est chargé de la charpente, des bancs et de la chaire. ». 

 

 

Un plan conservé aux Archives départementales du Pas-de-Calais donne une idée de l’édifice initial : une bâtisse de plan rectangulaire, éclairé par des fenêtres en plein-cintre. Le pignon est surmonté d’un clocher qui n’a jamais reçu de cloche en raison de l’opposition de la municipalité. 

Le temple n’a guère subit de modifications au cours du XIXe siècle, si ce n’est la construction d’une tribune et de deux cabinets adossés à la façade, l’un pour servir de sacristie, l’autre comme salle pour l’instruction religieuse. La première guerre mondiale a été fatale à l’édifice : le 23 mars 1918, une bombe lâchée d’un avion le détruit en totalité. Le nouveau, construit au même emplacement, est inauguré le 25 mai 1922. Il diffère légèrement du précédent : le clocher a disparu ; par ailleurs, les deux cabinets ont été remplacés par une salle ménagée à l’avant de la salle de culte. L’intérieur a été pourvu d’un beau décor de lambris dû à deux paroissiens protestants, Erwyn et Arthur Jubin. La commune est devenue propriétaire de l’immeuble en 2008. Un arrêté préfectoral pris le 18 mars 2010 l’a inscrit parmi les monuments historiques comme exemple de temple rural dans le département. 

On ne saurait quitter le bourg sans évoquer l’ancien presbytère qui jouxte le temple. C’est à Étienne Bost, pasteur à Wanquetin de 1853 à 1868, que l’on doit l’acquisition de cette belle maison bourgeoise qui porte sur la façade la date de 1844. Celui-ci l’acheta de ses propres deniers en 1855, y fit des travaux d’agrandissement et la revendit à la commune en 1872, à condition qu’elle serve désormais de logement pastoral. En 1910, la paroisse se porta acquéreur suite à la loi de séparation des Églises et de l’État, qui mettait à la charge des associations cultuelles le logement du pasteur. La demeure a été vendue en 2021. 

 

 

 

Prochainement : les petits temples de l’Artois 

 

Pour aller plus loin 

DOUAY Jacques, Les protestants du Pas-de-Calais au XIXe siècle, mémoire de maîtrise, 1967-1968 Université de Lille III. 

#En région #Patrimoine

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