Job 1.9 : Pour rien ?

À Dieu qui lui vantait l’intégrité et la droiture de Job, homme craignant Dieu et s’écartant du mal, l’adversaire, le « satan », répondit : « Est-ce pour rien que Job est fidèle à Dieu ? » (Job 1.9) On aurait aussi pu traduire ce « pour rien » par « en vain », « sans raison », « gratuitement », « sans sujet ». Avoir cet échange en tête donne un éclairage particulier à la lecture que nous pouvons faire du début de la lettre aux Éphésiens que le calendrier de la FPF propose à ses utilisateurs ce mois-ci.

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Sitôt passée la courte salutation initiale, l’apôtre se lance dans une longue bénédiction, une double bénédiction, un double jeu de paroles jetant un regard favorable sur l’autre. D’une part, c’est tout d’abord Dieu qui est loué, béni, lui dont le Fils nous a, d’autre part, bénis, nous a témoigné de la bienveillance du Père depuis les cieux, ce lieu inaccessible à nos yeux et à nos capacités de représentation ou de compréhension. 

Cette bienveillance s’est d’abord manifestée par une élection, dès avant la Création. L’apôtre va là bien plus loin que ce que pouvait être l’idée d’élection de l’Ancien Testament dans des textes comme Deutéronome 7. Cette élection a un but, rendre les fidèles saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour, comme une espèce de réponse aux manquements répétés qui avaient marqué toute l’histoire des douze tribus depuis le don de la Loi à l’Horeb, comme un passage sans retour de la crainte de Dieu à l’amour parfait qui la bannit. 

Cette bienveillance se manifeste aussi en ce que nous sommes prédestinés, destinés d’avance, à être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ pour que sa gloire soit louée en voyant l’abondance de sa grâce. Le fait que sa grâce précède et anticipe tout agir humain exprime la pure gratuité du choix de Dieu. 

 

 

Une bénédiction

Mais la bénédiction ne s’arrête pas là. Les versets 7 à 14 reprennent tous ces thèmes à la lueur du salut en insistant sur le mystère de sa volonté, comprendre son dessein autrefois caché et aujourd’hui révélé. Pour l’auteur, ce salut, délivrance et pardon, nous ouvre à toute sagesse et intelligence, occasion de saisir, qu’en Christ et selon sa parole sur la croix « tout est accompli ». Tout cela est appelé à mener les élus, désormais enfants, à être héritiers. L’expression « nous avons été tirés au sort » du texte grec convient aux deux. Pour reprendre les références au peuple qui s’installe en Terre promise, ce tirage au sort renvoie au partage des terres présenté par le texte comme une attribution par le sort. Mais, à d’autres endroits du Pentateuque, c’est Israël tout entier qui est choisi parmi d’autres peuples par élection divine. 

Cette seconde partie de la bénédiction nous met, comme la première face au Père et au Fils, mais aussi à toute la Trinité. Le Père prépare en amont, le Christ agit en son nom dans l’Histoire et l’Esprit atteste dans le présent du fidèle. Le rôle de l’homme est alors d’en chanter la louange. 

La suite de ce premier chapitre donne l’occasion à l’auteur de le mettre en pratique dans l’action de grâce et l’intercession, en voyant cette communauté fidèle au Christ et assidue à la mission qui lui a été confiée. Les versets 17 à 23 forment un des plus beaux textes utilisables en guise d’envoi en fin de culte. 

Le chapitre suivant peut être scindé en deux parties. La première met l’accent sur la vie renouvelée de ceux que le Christ a sauvés. Par amour, en Christ, Dieu a fait passer de la mort à la vie des païens, des pécheurs voués au jugement, il leur a offert la résurrection et une place à ses côtés dans le ciel en Christ. En Christ, il leur a donné un horizon, qu’ils produisent (enfin) les œuvres bonnes qu’il avait préparées d’avance pour que nous nous y engagions, qu’ils trouvent leur vocation dans la moisson du Père. 

La seconde partie nous fait dépasser les barrières traditionnelles de temps et de représentation. Il y avait en ce temps-là, il y a maintenant, il y a ceux qui étaient loin, il y a ceux qui sont proches. Les anciennes certitudes de l’Ancien Testament, avec leur lot de déceptions, font place à une nouvelle assurance en Christ. C’est une nouvelle alliance qui a été posée. Les anciens critères d’exclusion, ceux du temps où Dieu était bien à l’écart dans son Temple, sont caducs au profit d’une bonne nouvelle. De quelque origine qu’ils soient, les enfants de Dieu seront ensemble, par l’Esprit, demeure du Père. 

 

Alors, pour rien ? 

Pour rien, gratuitement ? Le salut n’a pas de prix mais il a eu un coût, c’est ce que nous rappellent les textes de la semaine sainte. Celui du don du Christ si présent dans ce texte. 

Pour rien, sans raison ? L’amour de Dieu pour nous a précédé notre Histoire. Un amour source de tout un projet longuement mûri et patiemment mis en œuvre en notre faveur jusqu’à son parachèvement en Christ. 

Pour rien, en vain ? Nos vies ont changé. De condamnés, nous sommes devenus réconciliés. De païens au service de la rébellion, nous sommes devenus serviteurs du prince de paix. D’êtres de solitude, nous sommes devenus participants de la famille du Père. Avec une espérance, contribuer à ses côtés au bien dans ce monde et à l’unité des croyants… 

Joyeuses Pâques ! 

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