Le ciel de Matisse

Les dernières années de Matisse font l’objet d’une exposition au Grand Palais, l’occasion de (re)découvrir que le peintre a consacré une partie de son travail à une œuvre religieuse. Jusqu’à la fin de sa vie il n’a rien perdu de son extraordinaire créativité.

En 1941, Matisse se rend à l’hôpital pour subir une lourde opération, si lourde qu’il pense ne pas y survivre. Il se relève pourtant et commence ce qu’il appelle sa « seconde vie », à 72 ans. Loin de se tarir, son travail et son inspiration prennent de nouvelles voies, d’une grande richesse artistique et spirituelle.

 

Inspirations et créations

 

Pour couvrir cette dernière période de sa vie jusqu’à sa mort en 1954, le musée s’est appuyé sur les riches collections du Centre Beaubourg, actuellement en travaux, mais s’est fait prêter aussi de nombreux trésors dont beaucoup viennent des États-Unis. Une scénographie intelligente permet de pénétrer au cœur du processus de création de l’artiste. Deux films, en particulier, sont impressionnants : on y voit Matisse dessiner en quelques traits rapides le portrait d’un jeune garçon, ou comment assister à la naissance d’un chef-d’œuvre. Autre choc : un second petit film montre Matisse, tout en parlant, découper des bandes de papier comme au hasard… cela donne les merveilles que sont ses gouaches découpées, dont ses quatre Nus bleus, qui n’avaient encore jamais été exposés côte à côte.

 

Pour autant l’artiste n’a jamais abandonné la peinture. Les toiles exposées montrent que son inspiration s’exprime aussi dans l’éclat des couleurs et la composition, comme dans les périodes précédentes. En réalité, les deux pratiques se répondent et méritent chacune une attention soutenue.

 

© Coll particulière/Galerie de l’Institut
La chute d’Icare : les taches jaunes évoquent les étoiles mais aussi les éclats d’obus et la noirceur de la guerre dans cette œuvre de 1943

« La lumière de l’esprit »

 

Lors de sa convalescence, Matisse a été soigné par une infirmière avec laquelle il a développé des liens qui se transforment en une forte amitié et même une collaboration puisqu’elle devient son assistante. Entrée ensuite dans les ordres et devenue sœur Jacques-Marie, la jeune femme convainc le maître de se consacrer à l’édification de la chapelle du Rosaire à Vence. C’est une œuvre totale qui n’oublie aucune composante, de l’architecture au mobilier et aux vitraux, sans oublier les objets de culte et les vêtements liturgiques. On aurait aimé que les commissaires de l’exposition donnent des explications sur les motivations spirituelles de Matisse. Il aurait été intéressant de citer quelques phrases comme celle-ci : «J’ai été amené (très modestement) (…) à me considérer comme ayant, sur terre, été désigné par le Très-Haut pour rafraîchir dans l’esprit des autres hommes la vision des choses qui mène à une élévation d’esprit qui aboutit au Créateur. J’obéis, je le crois fermement, au Père, au Fils et au Saint-Esprit. » À sœur Jacques-Marie il écrit encore : «Demandez à Dieu de me donner dans mes dernières années la lumière de l’esprit qui me tiendra en contact avec Lui. »

 

Les vitraux sont pour lui une révélation depuis qu’il a visité la cathédrale de Chartres. C’est avec un maître verrier qu’il crée ceux de la chapelle de Vence ; l’exposition permet d’admirer les maquettes de ceux de « la Jérusalem céleste» et deux vitraux exceptionnels. Intitulé La vigne, le premier ornait une villa. Le second, rétro-éclairé pour mieux le mettre en valeur, est la Nuit de Noël, commande de 1952 pour Life magazine et prêté par le Moma de New York. Matisse semble nier l’obscurité pour faire briller les étoiles entre la fluidité des formes et les aplats de couleurs. Un éblouissement.

 

Matisse 1941-1954, jusqu’au 26 juillet au Grand Palais, Paris 8e. Tlj sauf lundi de 10 h à 19 h 30, vendredi jusqu’à 22 h.

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