Ensemble : Alain, tu as été pendant huit ans le président du conseil régional ; quels sont les contours de ce ministère ?
Alain Pélissier : C’est une mission qui est à la fois très importante et vraiment mineure. Importante parce que c’est une courroie de transmission nécessaire entre l’échelon national et local, c’est aussi un lieu majeur pour les ressources humaines, la gestion financière et immobilière, les services rendus aux associations cultuelles. C’est un ministère où il est possible de pulser ou d’orienter des dynamiques locales. C’est très mineur car, comme le pasteur n’est rien ou pas grand-chose sans une Église locale, le président du conseil régional n’est rien, ou pas grand-chose sans les communautés locales. C’est là où le plus important se joue, dans les projets ou l’élaboration et la réception des consignes transmises.
Quelles ont été les difficultés et joies de ce ministère particulier ?
Il y a quelques nuits mauvaises lorsqu’il s’agit de prendre des décisions impactant durablement des vies communautaires ou personnelles, des frissons autour du pourvoi des postes (jamais gagné), et des équilibres financiers à chercher. Les joies sont nombreuses aussi. J’ai découvert un tissu de responsables dans les conseils presbytéraux et dans les conseils régionaux dont les qualités humaines, la volonté de servir m’a scotché. Cela va manquer d’humilité mais, tant pis, notre Église vit et témoigne grâce à l’engagement et aux capacités de laïcs assez phénoménales. J’ai bénéficié aussi d’un corps pastoral bienveillant et prêt à relayer des initiatives, ce fût encourageant. Le rassemblement régional à Marmande, « dis-moi ta foi » ou l’accueil des différents supports crées par les équipes régionales sont des petites graines marquantes.
As-tu changé de regard sur le ministère pastoral, sur les Églises locales ?
Oui bien sûr. Je crois aujourd’hui à l’absolue nécessité du travail en équipe, ce qui n’est pas toujours dans l’ADN pastoral. Nous vivons une époque où les questions tant pratiques que théologiques évoluent très rapidement, nous avons besoin de l’intelligence de tous pour les relever. Pour les Eglises locales, il s’agit d’oser sortir dans la rue et sur le net et d’arrêter de s’auto-flageller, en bref d’être fières de ses convictions et les annoncer.
Quels sont, à ton avis, les enjeux du ministère aujourd’hui ?
Ils sont nombreux. Une nécessité de penser et travailler le lien communautaire. Nous avons aujourd’hui en même temps deux communautés celle qui est proche physiquement et intellectuellement, et celle qui est plus lointaine. Nous devrions pouvoir parler aux deux, prendre du temps pour les deux, et les connecter entre elles. Le défi concerne aussi la jeunesse, des petits au plus grands, nos effectifs ont fondu comme neige au soleil, et nous ne pouvons pas nous résoudre à cela.
Où vas-tu poursuivre ton ministère ? As-tu des projets ?
Je quitte avec émotion une famille spirituelle et beaucoup de personnes proches. Etant resté vingt-cinq ans sur deux départements (le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne), je ne me sentais pas capable de partir en territoire inconnu ! Je redeviens avec enthousiasme pasteur de paroisse, à Saint-Chamond dans la Loire, près donc de « ma » Haute-Loire natale. A la fois pasteur de cette communauté et plus largement au service d’un consistoire à redynamiser avec trois autres collègues.
