Comment tuer définitivement un conseiller presbytéral

Dans l’organisation de l’Église protestante unie de France, le Conseil presbytéral tient une place centrale. Il accomplit un ministère collégial essentiel pour conduire, avec le pasteur, les activités de l’Église locale au service du témoignage. Mais le Conseil presbytéral devient souvent, hélas, un comité de gestion bien éloigné de sa vocation spirituelle et théologique. Il décourage ainsi lentement mais surement les conseillers presbytéraux de leur engagement.
Recette pour tuer lentement un conseiller presbytéral*

Ordre du jour du CP

 

Ne pas envoyer d’ordre du jour ou bien envoyer un ordre du jour quelques heures seulement avant le Conseil presbytéral. Ou bien encore, envoyer un ordre du jour de deux pages, aussi long que décourageant. Veiller à ce que seul le président du Conseil presbytéral établisse l’ordre du jour. Et surtout ne pas y associer le pasteur qui a bien d’autres choses à faire ! De toute manière, le pasteur pourra rajouter des sujets dans les « divers ».
Dresser une longue liste des sujets qu’il faut aborder en prenant le soin de développer particulièrement les finances, les questions d’assurances, la question des travaux déjà réalisés et à prévoir, les améliorations de la sono du temple, le ménage dans des salles de paroisse, l’affichage sur le panneau de l’entrée du temple, le bruit des enfants pendant le dernier culte… Surtout, veiller à ce qu’un moment d’édification spirituelle soit prévu au début du Conseil mais de quelques minutes seulement (ou bien en fin de Conseil pour que cela aille vite !). C’est très important qu’une prière ou une bonne parole pastorale soit dite.
  

 

Déroulement du CP

 

Ne jamais démarrer à l’heure le Conseil presbytéral pour laisser le temps à M. Gavroche ou Mme Retriever qui rentrent tard de leur travail d’arriver. Les autres membres du Conseil qui sont toujours à l’heure attendront. Ils doivent être compréhensifs et puis ils sont heureux de se retrouver.
Ne pas perdre de temps sur les comptes rendus des Conseils précédents ou sur les décisions prises lors de dernier Conseil pour vérifier si elles ont été suivies d’effet. À quoi bon ? Puisque cela a été décidé, forcément c’est réalisé ! De toute manière, c’est l’affaire du secrétaire.
Si un sujet théologique, biblique, éthique, spirituel surgit, surtout ne pas prendre de temps pour en parler. Il suffit de dire : ce n’était pas à l’ordre du jour, il y d’autres moments et d’autres lieux pour ces questions. Nous verrons ça plus tard avec le pasteur etc.
Si les discussions s’animent, si un débat s’engage, voter rapidement pour y mettre fin. La majorité tranche. À quoi bon chercher un « consensus » ou remettre une décision à une date ultérieure pour laisser mûrir une discussion, puisque chacun peut s’exprimer en votant. N’est-ce pas cela, la vraie démocratie ?
Sur les finances, veiller à ce que le trésorier puisse toujours avoir la parole et si possible longuement (parce que la longueur, c’est un gage de sérieux !) et sans document pour que les membres du Conseil ne perdent pas de temps à regarder des chiffres qui, de toute manière, leur sembleront toujours obscurs.
Et si une question est posée, le président doit répondre : ne vous inquiétez pas, tout est vérifié et avec Logeas il ne peut pas y avoir de problème ; ou bien, en cas de difficulté financière : c’est la faute de la région, notre contribution régionale est trop forte !
Un bon Conseil presbytéral ne termine jamais avant 23h45 ou minuit au plus tôt ! Sinon, les participants auront l’impression de s’être dérangés pour rien. Et plus c’est tard, plus on est efficace pour s’écouter, échanger et décider, parce que chacun est pressé d’aller se coucher. Et puis, pour les conjoints, c’est un gage de sérieux lorsqu’on rentre tard ! On pourra lui dire : il y avait plein de sujets et beaucoup de travail. Cela a duré tard !

 

La vie du CP

 

Ne pas hésiter à changer régulièrement les dates des Conseils si le pasteur ou le président doivent aménager leur emploi du temps pour des questions personnelles. Tout le monde comprendra que l’on change la date du Conseil pour le président ou le pasteur. Ne jamais prévoir de retraite ou de journée de travail pour le Conseil. Une retraite ? À quoi cela peut-il servir pour des « anciens » qui s’occupent si bien et depuis si longtemps de la vie de l’Église locale ? Pour d’autres oui, mais pour les membres du Conseil non !

 

Propositions pour préserver la longévité d’un conseiller presbytéral

 

Quelques questions à méditer

 

  

– Les charismes des membres du Conseil sont-ils mis en valeur et sollicités dans les discussions et les échanges ?
– Les sujets travaillés sont-ils de nature à enrichir spirituellement les membres du Conseil et fortifier chacun dans sa foi et son témoignage ?
– L’ordre du jour du Conseil presbytéral est-il au service du témoignage de l’Église locale ?
– Le Conseil presbytéral permet-t-il d’écouter et d’accompagner le (la) ministre ? Le (la) ministre est-il (elle) dans l’élaboration des thèmes de travail ?
– Les sujets liés à la vie de l’Église doivent-ils tous être débattus et tranchés au sein du Conseil presbytéral ?
– Quelle est la durée maximum d’efficacité et d’écoute lors d’une séance de Conseil presbytéral ?

 

 

 

 

 

 

Idées folles ?

 

Le ministère collégial du Conseil presbytéral ne doit pas devenir un comité de gestion administratif et financier. Le risque d’une telle dérive serait le dessèchement total du ministère de conseiller presbytéral qui doit être d’abord une occasion d’édification et de ressourcement spirituel.
Chaque séance de Conseil presbytéral doit être essentiellement consacrée aux sujets directement liés à la mission de l’Église : l’annonce de l’Évangile, le témoignage, la diaconie, l’œcuménisme, la catéchèse, l’aumônerie, la lecture de la Bible, etc.
Le Conseil est un lieu de réflexion, d’approfondissement, de méditation et de ressourcement, de discernement des directions-chemins sur lesquels le Conseil souhaite s’engager avec l’Église. Les questions « matérielles » peuvent y trouver place, mais uniquement lorsque des décisions importantes s’imposent.
Et d’ailleurs, la plupart des questions financières et matérielles doivent être préparées, voire réglées et tranchées par un « bureau » comprenant, a minima, président(e), trésorier et ministre. Le Conseil presbytéral en est informé pour confirmation et validation.
Quant aux questions d’intendance et de logistique liées à des activités particulières, elles devraient toujours être préparées et traitées ailleurs par des personnes ou des équipes ad-hoc !
Nous devrions discerner au sein du Conseil presbytéral un petit comité de gestion (le bureau ?) en charge exclusivement du suivi administratif, financier et immobilier de l’Église. Ce petit comité de gestion préparerait les décisions pour le Conseil presbytéral en s’entourant, si nécessaire, de personnes-ressources compétentes. Il resterait au Conseil presbytéral la charge de voter les propositions bien préparées et argumentées.
Pour l’essentiel du reste de son temps, le Conseil presbytéral se consacrerait à la seule mission de l’Église : l’annonce de l’Évangile dans le monde, en paroles et en actes.

 

*Toute ressemblance avec une situation vécue par le lecteur ne serait que fortuite.

 

 

 

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