Faut-il choisir entre unité et diversité ?

N’avez-vous pas parfois le sentiment de faire partie de l’élite de la chrétienté ? Nous autres protestants issus de Luther et Calvin, il nous arrive de regarder les autres confessions avec un brin de condescendance, portés par notre foi et par la qualité de nos théologiens, de nos œuvres, de l’image renvoyée par les médias. Nous avons réussi l’unité luthéro-réformée, et pourtant l’œcuménisme semble s’évaporer dès que nous parlons de nous.

Mettons un bémol. Avec la mondialisation, la sécularisation et les réseaux sociaux, les jeunes générations perdent un peu de cette fierté : finalement tout se vaudrait et on choisit ce qui plaît parmi diverses confessions, pratiquant le « bricolage religieux ». Faire des concessions sur la doctrine et les pratiques leur posera peut-être moins de problèmes qu’à leurs aînés.
Le mouvement œcuménique oscille entre ces deux pôles : d’un côté, tenir ferme sur ce qui fait la spécificité de telle confession, ce qui fonde sa légitimité, afin de ne pas y perdre son âme ; et de l’autre, lâcher du lest pour arriver à une cohérence de l’ensemble de la chrétienté face aux autres religions, au risque de voir se perdre l’identité de chaque mouvance. L’œcuménisme est-il condamné à rester coincé entre unité et diversité ?
Il y a des avancées : déclaration commune sur la justification, collaborations pastorales sur le terrain, etc. Mais les freins restent nombreux. Au sein des quatre grandes confessions chrétiennes existe une multitude de tendances, dont chacune revendique sa légitimité. C’est ainsi qu’après le concile de Vatican II certains protestants pensaient que les luthériens « rentraient à Rome », tandis que les adeptes du rite tridentin manifestaient contre la « protestantisation » de l’Église de Rome. Ce rite est peut-être l’une des plus radicales oppositions à l’œcuménisme. Sur son site Web, on peut lire sa devise : « Pour sauver la France éternelle, conservons la Foi de nos pères. » Tolérés, voire protégés après Vatican II, ils ont été marginalisés par le pape François.
Finalement, l’œcuménisme ne sera peut-être pas condamné à se contenter d’actions caritatives et humanitaires communes, à condition de trier entre vraies et fausses différences, de reconnaître les différences irréductibles, et, pourquoi pas ? de se corriger mutuellement, tout en laissant s’exprimer les particularités lorsqu’elles sont mises au service de l’ensemble de la chrétienté.

 

 

 

 

 

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