Charles Gide, quand économie rime avec coopération…

Alors que Philippe Aghion devient le cinquième français a remporter le prix Nobel d’économie, l’occasion nous est donnée de nous intéresser à une grande figure protestante de l’économie : Charles Gide.

charles_gide

Né à Uzès en 1847, Charles Gide évolue au sein d’un milieu bourgeois dans les couloirs du palais de justice dont son père est président. Son frère, Paul, est le père du célèbre écrivain André Gide qui a été marqué dans sa jeunesse par son « oncle Charles ». Tout naturellement Gide s’oriente vers des études de droit et soutient sa thèse en 1872 à Paris intitulée « Du droit d’association en matière religieuse ». Apparaissent déjà ses principaux centres d’intérêt :

 

– Le droit, car baignant complètement dans cet univers, il devient professeur d’économie à la faculté de droit de Bordeaux puis de Montpellier et enfin à Paris. Gide est également un partisan du pacifisme juridique conduit par le mouvement « La paix par le droit ». Considérant d’abord que la guerre pouvait apporter une extension de la démocratie, il est très critique en 1919 face au traité de Versailles. Son parcours universitaire est couronné par sa nomination au Collège de France dont il occupe une chaire de 1921 à 1930.

 

– L’association, bien entendu ou plutôt la coopération. Car voilà le mot qui peut résumer la vie et l’œuvre de Charles Gide. A partir de 1886, entrant aux côtés des protestants Auguste Fabre et Édouard de Boyve dans ce grand mouvement initié par Fourier, Gide devient le chef de file de
« l’école de Nîmes ». L’idée qu’il défend est celle d’une société qui repose sur un système de solidarité et de coopération pour une meilleure gestion économique et politique. Il développe et défend ce principe dans deux revues : L’émancipation, journal d’économie politique et sociale et La revue d’économie politique, qu’il fonde en 1887.

 

– La religion enfin car, il ne faut pas l’oublier, Charles Gide fonde ses principes coopératifs sur l’Évangile et notamment sur les épîtres pauliniennes. Durant toute sa carrière, il associe science, économie, éthique et théologie, ce qui lui permet de tracer une voie médiane entre libéralisme et marxisme. Protestant de son temps, Charles Gide fait également partie des membres fondateurs du Christianisme social. Il en est vice-président dès sa fondation en 1888 à Nîmes, puis président à partir de 1922. Il écrit régulièrement dans la Revue du Christianisme social et intervient auprès du public protestant pour promouvoir ses convictions.

 

Charles Gide reste une figure modérée : à la lecture du Capital de Marx, il émet des réserves et n’est pas convaincu par la lutte des classes. L’émergence de l’URSS – qu’il visite en 1923 – ne le convainc pas tout à fait restant sceptique sur le collectivisme et la gestion politique de cette fédération « trop rouge » qui a pourtant choisi un modèle coopératif.

 

En 1919, le couple Gide vend sa villa montpelliéraine pour qu’elle devienne la faculté de théologie où aujourd’hui encore les pasteurs de notre Église se forment, à l’ombre des pins…

 

Charles Gide meurt à Paris en 1932 et est inhumé au cimetière protestant de Nîmes. Son œuvre importante continue à inspirer les économistes actuels comme Esther Duflo, une autre protestante, prix Nobel d’économie 2019.

 

Depuis 2022, un prix portant son nom est remis par le Cercle Charles Gide durant le Dîner des Protestants pour soutenir des projets d’utilité sociale actuels ou futurs à caractère inclusif, solidaire et participatif et répondant à des besoins sociaux non couverts.

 

 

Sources :
Musée virtuel du protestantisme
https://cerclecharlesgide.org
– CABANEL Patrick & ENCREVÉ André (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome II (D-G), Paris, Les éditions de Paris – Max Chaleil, 2020

Pour aller plus loin : PENIN Marc, Charles Gide (1847-1932) : l’esprit critique, L’Harmattan, Paris, 1997.

#Culture #Histoire

6 méditations du Carême 2026 sur l’Évangile de Luc, diffusées sur France Culture chaque dimanche de Carême

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

1626-2026 : 400 ans de présence luthérienne à Paris, la mémoire en partage
Région parisienne
1626-2026 : 400 ans de présence luthérienne à Paris, la mémoire en partage
En 2026 sera célébré le 400ᵉ anniversaire du premier culte luthérien à Paris. Rencontre avec Corinne Gibello-Bernette, membre adjointe du bureau de la Société de l’histoire du protestantisme français (SHPF) et vice-présidente de la commission bibliothèque qui a contribué activement à l’entrée des archives de l’Inspection luthérienne de Paris dans les collections de la SHPF.
Une mission protestante dans les temps de crise. La Mission de Paris de 1914 à 1971
Livres
Une mission protestante dans les temps de crise. La Mission de Paris de 1914 à 1971
Cet ouvrage imposant est la suite et la fin de l’histoire de la Société des missions évangéliques de Paris.
Mémoires d’un galérien du Roi-Soleil
Histoire
Mémoires d’un galérien du Roi-Soleil
En cet hiver baigné de pluie et de ciel gris, l’occasion nous est offerte d’ouvrir un bon livre. Ce mois-ci, je vous invite à lire un classique de la littérature protestante : Mémoires d’un galérien du Roi-Soleil, écrites par Jean Marteilhe en 1757.
Une exposition pour le 60e anniversaire de la venue de Martin Luther King à Lyon
Lyon
Une exposition pour le 60e anniversaire de la venue de Martin Luther King à Lyon
À l’occasion du 60e anniversaire de la venue historique de Martin Luther King à Lyon, la paroisse du Change et l’association MAN (Mouvement pour une Alternative Non violente) proposent une exposition du 29 mars au 30 juin 2026.
La « Diocésaine de Gironde »
Sud-Ouest
La « Diocésaine de Gironde »
Voilà une formulation qui évoque de façon technique le contentieux d’une association de l’évêché catholique de Bordeaux, dans le contexte de l’application de la loi du 9 décembre 1905 portant séparation des Églises et de l’État.
Pyrénéisme, une histoire protestante
Béarn - Pays de l'adour
Pyrénéisme, une histoire protestante
« L’admiration de la montagne est une invention du protestantisme » : si la fameuse formule d’André Gide lui fut inspirée par les Alpes, elle aurait pu l’être aussi par les Pyrénées. En effet, un nombre significatif de protestants ont marqué le pyrénéisme d’une certaine empreinte.
Les voies du bronze
Culture
Les voies du bronze
Entre le troisième et le deuxième millénaire, la maîtrise de la métallurgie du bronze permet des innovations et des changements majeurs. En Europe les sociétés changent. Une exposition fait le point sur l’évolution de nos connaissances sur cette période cruciale de notre histoire.
Baltard, construire pour son temps
Culture
Baltard, construire pour son temps
Lorsqu’en 1973, Georges Pompidou décida de raser le « ventre » de Paris et que dans un grand nuage de poussière s’écroulèrent ces temples du commerce, qui se souvenait encore que Baltard était protestant ?
Les samedis de la SHPF : cycle de conférences
Région parisienne
Les samedis de la SHPF : cycle de conférences
Cycle de conférences 2025-2026 de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français.