Katharina Schütz (1498-1562) et Idelette de Bure (1505-1549)

Nous continuons notre parcours parmi ces femmes qui ont connu les débuts de la Réforme. Nous aurions tendance à ne les réduire qu’au rang d’épouses de leurs maris. Et pourtant, elles ont une existence à part entière, participant à l’élan de la Réforme, rédigeant des ouvrages de référence et prêchant en public. Rendons leur place à ces femmes d’exception.

Voici deux autres femmes de réformateurs moins connues que la Katharina de Luther. Sur deux points seulement elles ont quelque chose en commun : ni l’une ni l’autre ne fut nonne comme l’avait été l’épouse de Luther, et puis elles ont vécu dans la même ville quelque temps. Par ailleurs langues et itinéraires sont différents.

 

Katharina Schütz

Cette Katharina est une vraie Strasbourgeoise. Fille unique d’une honorable famille – son père est maître de la corporation des charpentiers –, elle est instruite. Dès l’enfance elle veut se consacrer au Seigneur ; elle refuse de se marier. Lorsque Matthieu Zell, prêtre érudit, convaincu par les idées de Luther, devient curé de la cathédrale et se met à prêcher de façon évangélique, en expliquant les Écritures, elle est fascinée par ses sermons. Bientôt ils sont persuadés de vouloir partager leur vie, mais c’est dur de convaincre les parents et de dépasser les interdits rigoureux. Ils se marient en 1523 (deux ans avant Luther), avec l’appui du principal réformateur de la ville, Martin Bucer, mais provoquant la colère de l’évêque : plusieurs prêtres se marient cette année-là.

 

Catherine a vingt ans de moins que son époux, mais elle partagera pleinement son ministère. Ayant perdu deux enfants tout petits, elle se consacrera aux autres, imaginant sans cesse à quels besoins répondre, non seulement dans le domaine social, mais aussi spirituel, et ses écrits sont publiés. On peut la traiter de « réformatrice laïque » (titre que lui donne la spécialiste Elsie MacKee).

 

Elle organise le secours aux nombreux réfugiés que la Guerre des Paysans amène dans la ville, puis d’autres. Elle visite des contagieux, des prisonniers d’opinion.

 

Sa liberté de parole irrite les autres réformateurs de la ville. Elle écrit à l’évêque pour défendre le mariage des prêtres « si Dieu a fait parler une ânesse, pourquoi pas une simple femme ? ». Elle rédige une exhortation à des femmes dont les maris sont prisonniers, ou encore la préface d’un livre de chants et cantiques pour les familles et même un commentaire du Notre Père. Le jour des obsèques de son mari (1548), elle improvise sur sa tombe une prédication pour la foule. Cette Katharina mérite d’être connue et admirée.

 

 

Idelette de Bure

Idelette est originaire de Liège et francophone. Elle fait partie d’une minorité anabaptiste (pratique un nouveau baptême, conscient et volontaire) qui se développe dans plusieurs pays, mais que les réformateurs officiels réprouvent et persécutent. Épouse d’un artisan pelletier, Johann Stordeur, mère de deux enfants, elle est réfugiée à Strasbourg.

 

Le jeune Jean Calvin chassé de Genève (1538), lui, y est retenu par le réformateur Bucer, pour constituer dans cette ville allemande une modeste communauté de réfugiés francophones. Calvin convertit les Stordeur qui quittent les anabaptistes et s’y joignent. On y chante les premiers psaumes en français.

 

Jusque là Bucer n’avait pas convaincu Calvin de se marier, mais lorsqu’Idelette devient veuve, c’est elle qu’il épousera (1540). Jacques, le seul enfant de ce couple, ne vivra pas.

 

On sait peu de choses d’Idelette, mais au moment de sa mort, la vive douleur qu’expriment les lettres de Calvin à ses amis montre combien il l’a aimée et reconnaît l’appui apporté à son ministère. Il ne se remariera pas.

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