Protestantisme(s)

Certains sont amenés à se demander qui est protestant, en posant en général comme critère : celui qui fonctionne comme moi. Celui-là devrait se demander ce qui le fait « protestant ». Pour essayer une réponse, voici rapidement l’histoire de ce qui a fait le protestantisme tel qu’il a été et tel qu’il est devenu.

Commençons bien avant 1517 avec John Wycliffe. Il a été le briquet qui a permis, avec la mèche qu’était Jan Hus, à Luther, d’être le flambeau. Il est celui qui a remis la Bible au centre des débats, qui a initié le mouvement de traduction et de diffusion.Le Salut par la foi, s’il n’est pas à proprement parler une découverte de Martin Luther, a retrouvé avec lui sa
place essentielle. Et quand les Églises issues de son témoignage ont paru oublier le cœur du message, des piétistes se sont levés comme l’Alsacien Philipp Jacob Spener ou le Souabe Johann Albrecht Bengel connu pour son travail de critique et d’exégèse biblique.
Calvin est celui qui a insisté sur l’origine unique divine du Salut, le Salut par grâce, idée systématisée par le Synode de Dordrecht, provoquant ainsi quelques contestations, en particulier l’arminianisme des Remontrants. En Angleterre, puis rapidement dans les colonies américaines, sa compréhension a été portée par les puritains, alors que réformés et presbytériens étaient ses héritiers naturels.

 

L’élan missionnaire

 

Uldrych Zwingli, premier réformateur de Zürich, a provoqué quelques débats pas totalement résolus sur les sacrements. Les anabaptistes (et leurs successeurs mennonites) contestaient le baptême des enfants, suivis par les baptistes et les Églises du Christ (Stone-Campbell). Le mode de présence du Christ dans la Cène a longtemps divisé le protestantisme.
Les frères Wesley et George Whitefield ont marqué le XVIIIe siècle par leur prédication insistant sur la conversion et une vie sanctifiée à Dieu, fondant ainsi le méthodisme. Les mouvements de sainteté en sont les héritiers, parmi eux l’Armée du Salut. Ce même XVIIIe siècle a vu la rénovation de l’héritage de Jan Hus par Nicolaus von Zinzendorf en Fraternité Morave. Ce mouvement a été le principal moteur de l’élan missionnaire protestant, avec ses héros. La conférence d’Edinburgh qui est une conséquence du développement des missions a conduit au mouvement œcuménique et au Conseil œcuménique des Églises. Il a vu se former les « jeunes Églises », les « Églises ethniques » et les « Églises unies ».
Le protestantisme a toujours connu des moments où l’eschatologie biblique (les derniers temps) a eu une place, mais c’est surtout depuis le XIXe siècle qu’elle a pris de l’importance.

 

Des problématiques contemporaines

 

Le début du XXe siècle a été marqué dans la suite du Holiness Movement par la naissance à Los Angeles du pentecôtisme avec William Joseph Seymour, en parallèle avec un réveil au Pays de Galles avec Evan Roberts. Le pentecôtisme prêche une seconde expérience, le baptême dans le Saint-Esprit, marquée par le parler en langues. Un mouvement proche du pentecôtisme s’est développé à l’intérieur des Églises installées, le mouvement charismatique, et le vocabulaire a glissé vers « l’effusion de l’Esprit ». Ce mouvement a dérivé vers une théologie de la prospérité à la fin du siècle. Des « méga-Églises » sont apparues.
Nos Églises protestantes se sont confrontées aux relations Église-États, entre un État décideur (pour ou contre la Réforme), protecteur, interventionniste ou neutre et une Église demandeuse ou non. Après notamment la Réforme anglicane conduite par les souverains, la personne d’Alexandre Vinet a su marquer la nécessité d’une séparation en fondant une Église libre. Acquise en France, cette séparation n’est pas générale.
Lumières et Romantisme ont amené certains théologiens à d’autres méthodes d’interprétation. Ce fut par exemple le cas de Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher ou de David Friedrich Strauss. Subjectivité humaine et expérience spirituelle amenèrent à un autre regard sur la Bible ou sur Jésus et à une implication différente dans la vie sociale, marquant ainsi un libéralisme et suscitant des réactions.
Tout ceci est l’histoire du protestantisme. Tout ceci est notre histoire.

 

 

 

 

 

#Culture

6 méditations du Carême 2026 sur l’Évangile de Luc, diffusées sur France Culture chaque dimanche de Carême

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

This music may contain hope, Raye
Culture
This music may contain hope, Raye
Avec This Music May Contain Hope, Raye poursuit une œuvre à vif et un chemin singulier, où chaque chanson semble naître d’un combat intérieur.
Carissimi : Jonas, Monteverdi
Culture
Carissimi : Jonas, Monteverdi
Quatre pièces d’une grande intensité dramatique sont regroupées dans ce disque. L’oratorio Jonas de Giacomo Carissimi (1605-1674) évoque la fuite du prophète
La dictature des algorithmes, Jean-Lou Fourquet et Lê Nguyên Hoang
Culture
La dictature des algorithmes, Jean-Lou Fourquet et Lê Nguyên Hoang
Ce livre traite la question des réseaux sociaux en la situant dans le cadre plus vaste de celle de l’économie de l’attention.
Le génie de la forêt, de Francis Hallé, Vincent Zabus et Nicoby
Culture
Le génie de la forêt, de Francis Hallé, Vincent Zabus et Nicoby
Cette bande dessinée inspirée du travail du botaniste Francis Hallé propose une promenade dans le monde des arbres et des forêts, sous la forme originale d’un dialogue avec Aristote.
Les jolies colonies de vacances…
Histoire
Les jolies colonies de vacances…
Le 9 mai, la paroisse de Cosne-Sancerre, au cœur des vignobles du même nom, mettra à l’honneur le pasteur Robert Lorriaux. Son nom est moins connu que celui de son père, Théodore, initiateur des premières colonies de vacances en France. Retour sur cette famille…
L’ultime pouvoir. La vérité sur l’impact des réseaux sociaux, de V. Reille-Soult
Culture
L’ultime pouvoir. La vérité sur l’impact des réseaux sociaux, de V. Reille-Soult
C’est en fine connaisseuse à la fois de la vie numérique et de l’opinion publique que Véronique Reille-Soult brosse ici un panorama exhaustif du fonctionnement des réseaux sociaux
Le Festival des arts de la parole 2026
Lourmarin
Le Festival des arts de la parole 2026
Du 3 au 12 juillet 2026, Lourmarin accueillera le Festival des arts de la parole. Le comédien Olivier Arnera, son directeur artistique, nous présente le thème, la programmation et les innovations de cette sixième édition.
Catholicisme, d’Isabelle Duhau
Culture
Catholicisme, d’Isabelle Duhau
De la cathédrale à la cuillère à encens, de l’immobilier au mobilier, de la paroisse à ce qui relève de la pratique privée, le patrimoine religieux catholique français est d’une richesse quasiment infinie.
Un jour avec mon père, Akinola Davies
Culture
Un jour avec mon père, Akinola Davies
« Je reviens d’un pays où la mort n’est pas une cloison à franchir mais un chemin à suivre. »