Rembrandt et le sacrifice d’Abraham

Échos de la retraite spirituelle consistoriale « Le sacrifice d’Abraham - d’une lecture à l’autre avec Rembrandt » Roquefort-les-Pins  
Sacrifice d’Abraham de Rembrandt
©DR

À part ! C’est d’abord ça, une retraite spirituelle : un temps à part ! On laisse de côté tout le reste, c’est d’autant plus facile que la communauté du Foyer de Charité qui nous accueille fait tout pour ça. On fait un écart… mais pour la bonne cause ! On oublie les contingences de l’ici-maintenant.

 

À part ! C’était encore plus vrai cette année que d’habitude car l’intervenant qui avait été choisi ne faisait pas partie des noms connus, ces valeurs sûres qui nous ont réjouis ces dernières années. Jérémy Duval. À part Thibaut Delaruelle qui l’avait invité, personne ne le connaissait (serait-ce la raison pour laquelle nous n’étions que 20 ?) et pour cause. C’est sur un travail en cours que ce pasteur de l’Église Protestante Unie de France est venu nous parler : sa thèse de doctorat.

 

À part ! C’est peut-être surtout à cause de l’approche proposée que le temps que nous avons vécu ces 26, 27 et 28 janvier a été un temps vraiment à part. Mettre en perspective la Bible avec les représentations les plus diverses par l’époque ou le mode d’expression, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas banal ! Mais quel plaisir dans ce pas de côté !

 

Aussi, que la forme soit également un peu… à part ne saurait-il vous surprendre. Un « travail en cours » (les anglais disent « work in progress ») est difficilement compatible avec le plan canonique en trois parties, chacune en trois points… À plus forte raison s’il s’agit ici non pas de défendre une thèse mais de partager une réflexion. Questions directement posées aux participants, dialogue entre intervenant et participants, débats entre les deux pasteurs présents, plus quelques laïcs qui ont du répondant… L’essentiel est de réfléchir, et de réfléchir ensemble… parce que le fait de réfléchir avec un autre empêche de s’enfermer dans « sa » vérité.

 

Prêts ? Commencez par vous demander : « Pour moi, qu’est-ce que ça veut dire, sacrifice ? » Prenez le temps de formuler votre réponse. Maintenant, lisez Genèse 22.1-19. À défaut de la traduction très spéciale de notre intervenant, celle de votre bonne vieille bible fera l’affaire. De même, il est inutile de vous rappeler qu’à l’époque d’Abraham, immoler un animal à un dieu est une pratique courante… immoler, c’est-à-dire consumer entièrement, les parfums qui montent alors étant censés avoir toutes sortes de vertus… Vous vous rappelez aussi qu’Isaac est le seul fils d’Abraham et de Sara, né contre toute attente, mais selon la promesse de Dieu, alors que Sara n’était plus en âge de procréer depuis longtemps. Alors ? Qu’est-ce que vous pensez de ce que Dieu demande à Abraham ? Qu’est-ce que vous auriez fait à sa place ? Oui, vous ! Franchement !

 

Maintenant, regardez le grand tableau de Rembrandt, l’huile de 1635 ; et comparez-le avec la petite gravure de 1655. Vous voyez bien les éléments récurrents, mais les différences sont d’autant plus flagrantes ! Et puis… Mais oui ! Il manque un élément… Où est donc le bélier ? Rembrandt l’aurait-il oublié ?

 

Jérémy Duval partage ses recherches avec nous : l’huile de 1635 reproduit les stéréotypes de la tradition picturale, comme le prouvent toutes les images qu’il nous montre. Si la gravure de 1655 est si différente, c’est qu’elle relève au contraire d’un véritable questionnement du texte biblique par le peintre, qui traverse alors une crise personnelle où, justement, il s’interroge…

 

 

 

Nous y sommes ! S’interroger ! Questionner le texte ! Interpréter ! Les deux mots de l’hébreu qui signifient « bélier » et « Éloïm » (identiques à un yod près), dague courbe et couteau droit, lumière venant de gauche ou de droite… Tout est examiné, interrogé, questionné. Seront aussi convoquées d’autres représentations du même texte, antérieures, postérieures, jusqu’à un épisode d’un « comic de stand up » (Louis Secca) de 2010, une caricature façon Charlie Hebdo et un extrait d’un péplum hollywoodien !

 

Ah ! Vous attendez la réponse ! Vous vous êtes senti interpellé ! C’est précisément le but recherché… par la Bible !

 

Dans le texte biblique, c’est Abraham qui est soumis à un « test »… Devons-nous nous mettre à la place d’Abraham ? Notre place ne serait-elle pas plutôt celle d’Isaac, celui qui peut vivre parce qu’il y a eu une coupure (entre l’ancienne conception du « sacrifice » et la nouvelle, voulue ici par cet Éloïm qui épargne Isaac) ?

 

Je saute – forcément ! – quelques étapes, pour arriver à la question qui est inévitable : le sacrifice d’Abraham préfigure-t-il la passion de Jésus ? Jérémy Duval : « J’ai mes réponses, mais je les garde pour moi ! ». Ou encore : « Le danger, c’est de considérer que ce que j’ai compris, c’est la vérité pour tout le monde ! »

 

Aparté : ce qui ne m’est peut-être jamais apparu aussi clairement, à moi – mais là, c’était rendu quasi visible, avec toute l’iconographie qui nous « parlait » -, c’est que dans le texte biblique il y a des images, des métaphores, du second degré… On est dans le symbolique, certes, mais n’est-ce pas aussi ce qui se passe avec l’humour ? Tiens ! Tiens ! Comme par hasard, le nom d’Isaac signifie « il rira », en hébreu !

 

Comment ? C’est déjà le départ ?

 

Ah ! Partager !!!

 

À partager…

 

Anne-Marie Lutz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

#Culture

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