Un roman japonais

Premier roman de l’histoire, écrit par une femme au xie siècle, Le Dit du Genji est bien plus qu’une œuvre littéraire. Son exceptionnelle richesse en fait une source d’inspiration inépuisable au Japon, dans tous les domaines artistiques.

Le musée Guimet consacre une exposition au livre peut-être le plus célèbre du Japon due à une donation peu banale. C’est l’occasion de retracer mille ans de représentations artistiques qui ont pour sujet cette œuvre célèbre. Rédigé pendant l’ère Heian (794-1185) par une dame de la cour, Murasaki Shikibu, il raconte l’histoire de Genji, prince impérial qui n’est pas destiné à régner et marque l’avènement d’une culture spécifiquement japonaise.

 

 

Bouddhisme et shintoïsme

 

Influencé par la Chine d’où sont venus le bouddhisme comme bon nombre d’influences culturelles et artistiques, le Japon développe autour de l’an mille une culture originale dont les femmes sont les premières ambassadrices. Curieux dans une société connue pour être singulièrement patriarcale ? Le développement d’une nouvelle écriture qui simplifie les idéogrammes chinois, un style littéraire particulier appelé waka, sont particulièrement utilisés par les femmes.

 

Pour donner une idée du raffinement de cette très ancienne civilisation, le parcours de l’exposition commence par la reconstitution d’une maison de cour japonaise ancienne. Le visiteur est ainsi plongé dans l’ambiance et découvre, autour des panneaux en paille et des cloisons ajourées, de nombreux objets d’art choisis pour leur lien avec Le Dit du Genji. Des scènes du roman ont en effet été source d’inspiration pour les artistes, à toutes les époques depuis la création du livre, avec un succès jamais démenti.

 

Du point de vue religieux, on observe l’importance du bouddhisme dans cette œuvre, mêlé d’influence shintoïste car les deux cultes ont cohabité et ne se sont pas mutuellement exclus. Murasaki Shikibu souligne à de nombreuses reprises l’importance des rites (souvent shinto), essentiels par exemple pour purifier le héros après une mort dans sa maison, tandis que des cérémonies bouddhistes sont décrites pour assurer le salut dans l’au-delà.

 

 

Donation exceptionnelle

 

L’exposition se poursuit avec l’immersion dans la culture des mangas, qui plaira certainement à un jeune public. Car Le Dit du Genji a été illustré sous toutes les formes possibles, y compris sous celle de manga dont les planches recouvrent entièrement une salle, du sol au plafond.

 

La dernière salle présente ce qui fait l’objet de la dernière donation au musée Guimet, quatre rouleaux tissés à l’histoire singulière dus à Itarô Yamaguchi, un maître tisserand renommé au Japon, qui mêle l’art traditionnel du tissage dans son pays avec l’emploi de métier Jacquard pour les réaliser. C’est en signe de gratitude envers le pays d’origine de Jacquard que Yamaguchi a décidé de donner au musée Guimet les rouleaux qui illustrent le célèbre roman du Genji et qui sont visibles pour la première fois dans leur intégralité. Lui-même s’est inspiré d’une œuvre peinte au xiie, classée « trésor national » et a consacré les 37 dernières années de sa vie à la réalisation de cette œuvre en cherchant à reproduire au plus près la subtilité des couleurs et de la composition.

 

Enfin, l’exposition se termine par une initiation à la voie des parfums, le kôdô, très à la mode à l’époque du roman, avec quatre cloches qui dissimulent des senteurs que le visiteur est invité à découvrir.

 

Ce roman du xie siècle n’a jamais cessé d’être une source d’inspiration d’une incroyable diversité et d’une infinie richesse, jusqu’à nos jours. Il est aujourd’hui pour nous une porte d’entrée à l’art et à la civilisation japonaise.

 

 

À la cour du prince Genji, 1 000 ans d’imaginaire japonais. Jusqu’au 25 mars au musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e, tlj sauf mardi de 10 h à 18 h.

 

 

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