Durant cette période, les protestants, qui n’avaient plus d’existence légale, avaient l’habitude de célébrer leurs offices clandestins à la campagne, dans des endroits déserts, au risque d’être surpris par les Dragons du Roi. Ils construisaient des chaires qu’ils installaient durant les offices. Cette « chaire du Désert », datée d’entre 1682 et 1690, rappelle cette page douloureuse de l’histoire des protestants de France.
Depuis des siècles, cette chaire est là, au fond du temple. Il aura fallu l’œil bienveillant et surtout passionné de l’histoire d’Alain Sallier, maire, et Alain Massini, conseiller municipal et pasteur retraité installé dans ce village, pour s’atteler aux origines de cette chaire. Elle n’a pas de valeur financière, mais historique. Elle est un trait d’union du temps des guerres de religion.
de nombreuses démarches pour aboutir
à ce classement qui est certainement
une première en France
© Christian Prost
Une chaire du Désert non démontable
En France, a priori il n’y a que très peu de chaires du Désert de ce type, car la plus grande majorité était démontable pour justement être le plus discret possible, quand il s’agissait d’aller effectuer des cultes clandestins dans la nature, à l’abri des regards. Depuis quand est-elle installée dans ce temple ? Difficile d’y répondre, mais dans le registre des biens de 1905, y figurait bien cette chaire. La Loi du 9 décembre 1905 met fin au régime du Concordat mis en place par Napoléon en 1802 et fonde la laïcité en France acte la neutralité de l’État vis-à-vis de l’ensemble des religions.
Tout a débuté par une visite en juin 2010 explique Alain Sallier : « je recevais Frédéric Sauvage, conservateur des mobiliers anciens à la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) pour une opération de recollement d’objets : meubles par destinations classés ou inscrits au titre des monuments historiques. À la fin de l’entretien, je lui ai dit : je veux vous montrer quelque chose au temple pour savoir ce que vous en pensez. Et une visite s’est effectuée. » Frédéric Sauvage a adressé un courrier, le 28 août 2017, à Alain Massini disant notamment : « je me refuserai à comparer la chaire à “un étendage à linge”… au vu des éléments dont je dispose, je pense que je proposerai la date de 1787 comme terminus post quem ». Cette chaire a été inscrite au titre des monuments historiques le 24 mai 2018 comme le confirme un courrier officiel du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes avec cette mention : « Chaire à prêcher mobile ou du désert (culte protestant) ».
Datation par le procédé de dendrochronologie
C’est une opération d’analyse des cernes de bois effectuée par un laboratoire spécialisé qui a travaillé notamment sur la cathédrale Notre-Dame de Paris. À partir de là, une datation de l’âge des deux arbres constitutifs de la chaire a eu lieu : bois de deux pins provenant de moyenne montagne. Le 30 janvier 2025, la commission nationale du patrimoine et de l’architecture a classé officiellement la chaire du Désert monument historique.
