Lorsque j’arrive à Nyons en cette fin du mois d’avril pour rencontrer Jean-Paul Finck, la météo n’est pas à la fête ! Une pluie battante a accompagné les deux heures de trajet et j’arrive un peu grincheux de ne pas pouvoir profiter – au moins un peu mieux – des paysages ensoleillés de la Drôme provençale. À quelques pas du temple déjà – où je dois rencontrer Jean-Paul Finck –, le sourire revient à l’écoute des quelques notes de musique qui s’échappent par la porte. La chaleur de l’accueil de Jean-Paul, une fois le seuil franchi, finit de me convaincre d’abandonner tout à fait ma mauvaise humeur météorologique : « Il y a toujours du monde dans ce temple, à plus forte raison à l’approche du festival ! Odette, qui est organiste de la paroisse protestante, prépare un concert avec Luc à la flûte traversière. Lui fait partie de la paroisse catholique. Ce festival, c’est une belle occasion d’œcuménisme ! »

La musique, vecteur de paix
Le festival dont Jean-Paul me parle de but en blanc, c’est le festival Art et foi qui existe dans cette zone dite des Baronnies depuis une dizaine d’années. « Le temple protestant de Nyons a toujours été accueillant pour des manifestations culturelles et des concerts », me confirme ce professeur de musique, récemment retraité, qui est arrivé dans la région dans les années 1970. « Souvent, l’été il y avait des concerts ou des expositions. Mais c’est vraiment avec l’arrivée de Philippe [Perrenoud, pasteur du lieu jusqu’à l’été 2021] que les choses se sont structurées sous la forme d’un festival avec, comme fil conducteur, un thème spirituel – d’où le nom d’Art et foi. À partir de Nyons et des petits temples alentour, le festival s’est étendu vers l’ouest – Saint-Paul-Trois-Châteaux et Valréas – et plus récemment vers le nord : Dieulefit, Bourdeaux, La Valdaine et le musée du protestantisme dauphinois du Poët-Laval. Aujourd’hui, c’est une vingtaine de temples et de salles qui accueillent les manifestations du festival. »
Cet été, ce ne sont pas moins de 60 manifestations qui auront lieu du 24 juin (date de la fête de la Saint-Jean d’été) au 19 septembre (journées européennes du patrimoine). Le fil conducteur retenu est Un souffle d’espérance et de paix. « C’est un thème qui me va bien, me dit cet ancien objecteur de conscience qui se définit comme un militant antimilitariste. Je suis heureux qu’il y ait le mot “paix” dans ce titre… J’aurais bien aimé qu’il y ait également le mot “guerre”, parce que ce sont des luttes complémentaires, qui ne se recoupent pas forcément. On peut être pour la paix sans être contre la guerre ! Et inversement… D’ailleurs cet été, je vais proposer deux concerts complémentaires : In terra pax, un concert avec de la chanson française contre la guerre, et une veillée musicale, Chanter pour la paix, avec un chœur gospel ! »

L’éclectisme au cœur
Chanson française et chœur gospel ne sont que quelques-unes des facettes de cet esprit bouillonnant ! À eux seuls, Jean-Paul et son épouse, Isabelle, animent, dirigent ou font vivre une grande proportion des concerts de l’été : solo voix-clavier, duo piano-violoncelle, quatuor féminin, duo de chants hébraïques, quatuor masculin en chanson française, gospel ou classique, chœurs gospels ou de chants et cantiques autour de la flibusterie huguenote… la liste des talents est grande ! « J’ai toujours été intéressé par les filiations ethnomusicologiques, depuis les chants des psaumes hébraïques, le chant grégorien, Jean-Sébastien Bach, les psaumes de Clément Janequin, le gospel, etc. » De fait, sa formation musicale lui a déjà permis de toucher ainsi à tout. Ayant grandi dans une famille néoapostolique alsacienne, il se retrouve rapidement à accompagner les cultes à l’orgue lorsque son père prêche. À l’université, il croise quelques grands noms : Marc Honegger, dans sa formation en musicologie, ou Étienne Trocmé de la faculté de théologie. Parmi ses condisciples, on entend aussi le nom de Michel Wackenheim, archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg et grand compositeur de musique liturgique contemporaine.
Ayant besoin de prendre de la distance avec le milieu religieux familial, Jean-Paul « profite » de l’objection de conscience pour poser ses valises à Valréas et ne plus quitter la région où il rencontra Isabelle. Le maire de la commune lui propose alors de s’occuper de la formation musicale – ce qui ne pouvait pas être fait sous son statut d’objecteur de conscience… Et petit à petit, Jean-Paul et Isabelle en viennent à créer leur structure de formation musicale. « Parfois, le professeur de tel ou tel instrument nous laissait tomber, alors il fallait pouvoir le remplacer… C’est comme ça que j’ai enseigné la clarinette ; n’ayant qu’une semaine d’avance sur mes élèves dans mes propres apprentissages », éclate-t-il de rire.
Un catalyseur d’énergie
Malgré l’énergie et la créativité qui habitent Jean-Paul, il y a derrière le projet d’Art et foi un véritable travail d’équipe. Philippe Perrenoud a très largement pris sa part également dans l’essor de ce festival, mettant en place les célébrations œcuméniques pour la paix qui ponctuent le programme ou sollicitant les expositions qui agrémentent visuellement les lieux qui restent ouverts l’été et offrent de belles occasions de témoignage. « Nous sommes un petit comité, mais très engagé, et la sensibilité de chacun est respectée dans ce qu’il peut proposer pour le programme. Pour ma part, je tente de mettre de l’humour dans tout ce que j’essaie de faire… », conclut-il avec le sourire qui m’avait accueilli.
Festival Art et foi
Du 24 juin au 19 septembre 2021
Plus de 60 manifestations en Drôme provençale : Nyons, Vinsobres, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Taulignan, Bourdeaux, Comps, La Motte-Chalancon, Piégon, Saint-Euphémie-sur-Ouvèze, Dieulefit, Le Poët-Laval…
Déjà au programme en juin :
– jeudi 24 juin à 11 h : Spirituals et Gospels songs, au temple de Nyons ;
– samedi 26 juin à 21 h : Contrafacta. Chants sacrés ou profanes ? par le quatuor Vocabilis, au temple de Saint-Paul-Trois-Châteaux ;
– dimanche 27 juin à 10 h 30 : Culte en musique. Les chorals de Luther, au temple de Valréas ;
– dimanche 27 juin à 21 h : Contrafacta. Chants sacrés ou profanes ? par le quatuor Vocabilis, au temple de Taulignan.
Plus d’informations et programme complet sur le site :
www.art-et-foi.fr
