L’église Saint-Martin a été, est et doit continuer à être un important lieu de vie. Telle est sa vocation, qu’il nous faut incarner par notre imagination et notre sens du service. Déjà, des initiatives prennent forme. Pour contribuer au débat, trois défis se dessinent, résumés en trois mots d’ordre : « Monter au clocher ! », « Écouter les pierres parler ! », « Ouvrir les portes ! ».
© Marc Fréderic Muller
L’extérieur de Saint-Martin
« Monter au clocher ! »
L’historien rappelle ce fait qui n’est pas anodin : au début de la Réforme, les pasteurs de la principauté étaient invités à prêcher tour à tour dans Saint-Martin. Une dimension régionale du service pastoral. Alors qu’un Calvin ou un Farel donnaient la priorité à l’Église locale, le réformateur montbéliardais Toussain proposait d’emblée une interaction régionale, une Église qui transcende les cloisonnements paroissiaux et doctrinaux. La création, par Napoléon Bonaparte, d’une Église consistoriale de Montbéliard, et non de paroisses autonomes, donne du poids à cette idée que l’Église ne peut s’arrêter au clocher de la paroisse.
L’histoire de Saint-Martin en témoigne : Assemblée du protestantisme français en 1960, cultes régionaux, célébrations centenaires, ordinations… Le lieu a souvent dépassé son ancrage local.
« Monter au clocher ! », c’est élargir son horizon. C’est refuser l’entre-soi. C’est inscrire la communauté dans une dimension plus vaste, plus ouverte, plus riche.
« Écouter les pierres parler »
On dit que les pierres absorbent les sons. À Saint-Martin, elles ont recueilli plus de quatre siècles de paroles, de chants et de prières. Par la voix d’une centaine de pasteurs, une parole a résonné, traversant les siècles pour consoler, consolider et interpeller.
Et que dire de la réponse fervente de tous ces fidèles unis dans un même chant : « À toi, mon Dieu, mon cœur monte, ton amour est mon appui » (Psaume 25). Dans son sermon pour la dédicace de l’église, en 1607, le pasteur Cucuel soulignait que ce lieu n’avait de sens que parce qu’une parole y était prononcée et qu’une vie sacramentelle y était établie. À nous de faire écho à cette parole qui nous dépasse, pour qu’elle résonne encore dans la cité.
« Ouvrir les portes »
Pourquoi l’architecte a-t-il choisi le modèle de la basilique romaine parmi tant d’autres ? Il ne l’a jamais expliqué. Mais la basilique romaine était, par essence, un espace ouvert : lieu de rassemblement, d’échanges, de circulation, de vie publique.
À Saint-Martin, cette vocation est renforcée par les fresques récemment redécouvertes : les motifs visibles à l’extérieur se retrouvent à l’intérieur. Le décor franchit les murs. Parabole saisissante du dedans et du dehors, du religieux et du civil. Ici, l’Église n’est pas un refuge fermé sur lui-même, mais un lieu où la société entre, où la parole circule, où le partage devient possible.
« Ouvrir les portes », ce n’est pas seulement accueillir des visiteurs. C’est faire de Saint-Martin un espace de rencontre, un lieu de convivialité, un réseau vivant de relations. Pas seulement un lieu où l’on célèbre, mais un lieu où l’on tisse des liens.
Ne nous détournons pas de cette extraordinaire opportunité qui nous est donnée, par cette restauration, de porter la responsabilité de nous engager pour faire de Saint-Martin un lieu de vie, un lieu d’écoute et de partage. Il suffit de laisser ouvert cet édifice pour constater que l’on y entre volontiers, avec curiosité et soif d’en apprendre davantage.
Quelle merveilleuse vocation nous incombe alors à tous : nous engager pour que cet édifice continue à être un lieu d’accueil et de souci de l’autre ! Ainsi répondrons-nous, d’une certaine façon, à cette parole de l’Évangile : « Ce que vous aurez fait aux plus petits, c’est à moi que vous l’aurez fait. »
À nous, désormais, de faire vivre Saint-Martin.
© Marc Fréderic Muller
L’intérieur de Saint-Martin
