Temple Saint-Martin : rouvrir les portes, ouvrir un chemin

À Montbéliard, la réouverture du temple Saint-Martin ne se résume pas à la restauration d’un patrimoine, ni même à l’inauguration. Elle marque autre chose. Un déplacement. Léger, presque silencieux, mais réel.

Comme l’écho d’une mission confiée il y a très longtemps à nos mères et nos pères :

«Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.»

 

Ce commandement n’a pas vieilli. Mais les formes dans lesquelles il s’incarne doivent se renouveler. On prend ce qui a été transmis, on lui redonne vie avec audace et espérance, on le rend audible aux oreilles et aux cœurs de la cité d’aujourd’hui. C’est ce que nous appelons une nouvelle manière d’habiter l’Église. Parfois, cela fait grincer des dents, car on a l’impression de trahir l’héritage. 

 

© Lucien Abah

Un espace vivant

Alors regardons posément. Derrière les pierres rénovées, une intuition simple : faire de ce lieu un espace vivant. Un lieu où l’on prie, bien sûr, mais aussi où l’on rencontre, où l’on cherche, où l’on respire, où l’on se sent bien. Un lieu où la foi ne se replie pas, mais s’expose, s’incarne, se risque au dialogue et à la vie avec la cité.

Concrètement, cela passe par des choix parfois inattendus. Installer un bar au cœur même du temple, par exemple – ouvert chaque jour, géré en lien avec le SEP (Service entraide protestante) et des emplois d’insertion, animé par une équipe de bénévoles. Un espace articulé autour de trois piliers : diaconie, annonce de l’Évangile et souci de la maison commune dans l’esprit d’Église verte. Non pour brouiller les repères, mais pour déplacer les seuils : entrer sans codes, s’asseoir, parler, rencontrer, écouter, respirer. Un geste simple, presque banal, mais profondément théologique : prendre au sérieux l’hospitalité. 

 

© Lucien Abah

Un culte en mouvement 

Cette dynamique traverse aussi la manière de célébrer. Ici, la liturgie ne se fige pas. Elle se déploie. Un dimanche, une couleur musicale : gospel, classique, pop rock… Non comme un effet de style, mais comme une porte d’entrée. Parce que la musique touche là où les mots parfois n’accèdent pas. Parce qu’elle ouvre des chemins intérieurs où la Parole peut résonner autrement.

Dans le même esprit que le spectacle Soli Deo Gloria, présenté lors de l’inauguration, la foi peut aussi se raconter par le corps, la scène, l’émotion. L’esthétique n’est pas un supplément, c’est un langage à part entière pour dire Dieu aujourd’hui.

Peu à peu se dessine une Église qui assume d’être à la croisée. Entre culte et culture. Entre héritage et invention. Entre intériorité et engagement. Une Église qui ne cherche pas d’abord à remplir, mais à faire grandir chacun et chacune dans la fidélité : des liens, une confiance, une parole vivante, vivifiante. 

 

Une maison ouverte

Au fond, l’enjeu est là. Dans un monde fragmenté, souvent désorienté, proposer un lieu qui fait du bien. Un lieu où l’on peut se déposer sans être assigné. Où la foi ne s’impose pas, mais se propose. Où croyants de toujours, chercheurs discrets et simples passants peuvent trouver leur place – et parfois ouvrir des horizons en supplément d’âme.

Rien n’est spectaculaire. Tout est fragile, progressif, à ajuster. Mais une conviction demeure : l’Église a encore quelque chose d’unique à offrir. Non pas une réponse toute faite, mais un espace où peut se vivre une espérance.

Le temple Saint-Martin n’est peut-être qu’un commencement. Une semence posée en terre. Le reste ne nous appartient pas vraiment. Mais il nous revient d’ouvrir, d’accueillir, de risquer. Et de faire confiance à ce qui, déjà, est en train de croître.

#Héricourt-Saint-Julien #Montbéliard #Région Est-Montbéliard
#En région

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Des réfugiés ukrainiens à Belfort
Belfort
Des réfugiés ukrainiens à Belfort
C’est lors d’un culte de décembre 2022 que la paroisse de Belfort a rencontré pour la première fois Galina et sa famille. Une dame élégante avec trois jeunes enfants, de 16, 13 et 12 ans, s’était installée au premier rang. Elle manipulait avec ostentation son téléphone portable pendant le culte. Elle a tout de suite demandé à rencontrer le pasteur et a expliqué sa situation.
Les diacres permanents dans l’Église catholique romaine
Belfort
Les diacres permanents dans l’Église catholique romaine
Depuis le synode national de 2024 à Toulon, l’Église protestante unie de France travaille à la mise en place d’un ministère de diacre, à côté de celui du pasteur. Il est intéressant de regarder la façon dont l’Église catholique a, depuis 1963 (Vatican II), restauré le diaconat à côté du presbytérat et de l’épiscopat.
Entretien avec Renaud Nury, sous-préfet de Montbéliard
Montbéliard
Entretien avec Renaud Nury, sous-préfet de Montbéliard
Cultes et laïcité : les autorités préfectorales ouvertes au dialogue. Marc-Frédéric Muller est parti à la rencontre de Renaud Nury, sous-préfet de Montbéliard.
Un engagement qui bouleverse
Belfort
Un engagement qui bouleverse
Des questionnements existentiels, un projet de mariage, une fille qui les entraîne à se passionner pour la série The Chosen… et puis un dimanche matin, une porte ouverte : celle du temple de Belfort, ils l’ont franchie. Arrivée sur la pointe des pieds dans notre paroisse, il n’a pas fallu plus de quelques mois à Jessica pour devenir indispensable.
Faire vivre Saint-Martin
Montbéliard
Faire vivre Saint-Martin
Les travaux dans Saint-Martin s’achèvent et c’est maintenant que tout commence. Car si d’aucuns ont fait preuve de beaucoup de courage et de ténacité pour mener à bien cette étonnante restauration, un autre chantier s’ouvre aujourd’hui, plus vaste encore : celui de la mobilisation collective. Restaurer un édifice est une chose ; le faire vivre en est une autre.
Éloge de la fraternité
Montbéliard
Éloge de la fraternité
Éloge de la fraternité est un livre de témoignages, d’engagement et d’espérance remarquable et précieux.
De l’austérité à la grâce : l’heureuse surprise de Grabiela Guzmán, architecte du patrimoine
Montbéliard
De l’austérité à la grâce : l’heureuse surprise de Grabiela Guzmán, architecte du patrimoine
Saint-Martin est en France le plus vieux lieu de culte construit pour le protestantisme. Cette église – beaucoup disent « temple » – fut érigée en 1601 selon les plans de l’architecte wurtembergeois Heinrich Schickhardt pour la communauté luthérienne de Montbéliard. Elle a fait l’objet d’un programme de restauration intérieure qui a duré plusieurs années. L’inauguration et la célébration de dédicace auront lieu les 25 et 26 avril 2026
Le temple Saint-Martin de Montbéliard réouvre ses portes en grand !
Montbéliard
Le temple Saint-Martin de Montbéliard réouvre ses portes en grand !
Après plusieurs années de travaux, le temple Saint‑Martin de Montbéliard s’apprête à rouvrir ses portes. À cette occasion, l’Église protestante unie de Montbéliard propose deux semaines de festivités du 18 avril au 2 mai, mêlant concerts, expositions, conférences et temps spirituels.
À la découverte des évangéliques
Héricourt-Saint-Julien
À la découverte des évangéliques
Pour la journée annuelle de formation pastorale œcuménique, le 22 janvier 2026 à Trévenans, ce sont les Églises évangéliques qui ont retenu l’attention des pasteurs, prêtres, diacres, membres des groupes œcuméniques et autres acteurs ecclésiaux. Jean-René Bruandet, pasteur de la Cepe (Communion d’Églises protestantes évangéliques) à Besançon, était l’intervenant de cette matinée. Il nous a dit quelques mots de son parcours : issu d’une famille catholique non pratiquante, scolarisé dans une école catholique, il a découvert Jésus-Christ dans des rencontres d’évangéliques.