Un mythe tel que celui d’Ulysse ne pouvait donc qu’inspirer Nolan. La lecture qu’il en fait est parfois un peu trop contemporaine, la tirade misandre de Circé sur les hommes qui sont tous « des porcs » (nous y voilà) en est le meilleur exemple. On peut en revanche ne pas rejoindre le chœur des identitaires de tout poil sur la couleur de peau de Lupita Nyong’o, dans le rôle d’Hélène de Troie. Si on représente depuis des siècles Andromède, princesse éthiopienne, en femme tout à fait blanche, c’est sans doute que l’on considère que la couleur de peau n’a pas d’importance dans un mythe par nature universel. Chez Nolan, Ulysse est un guerrier dévoré de culpabilité parce que son idée du cheval de Troie a conduit à un massacre, ce en quoi il ressemble à Oppenheimer, héros éponyme du film précédent du cinéaste. Son désespoir autant que la malédiction des dieux expliquent son errance. Matt Damon trouve là son meilleur rôle, remarquable de charisme et d’intensité, tout comme Anne Hathaway en Pénélope.
Le film met en scène, dans les dialogues et plus généralement le scénario, le destin tragique de tous les personnages, pris dans les rets de la malédiction d’Ulysse : fils, femme, prétendants de Pénélope, compagnons qu’il ne peut sauver. Les principales étapes de son odyssée sont ici les souvenirs qu’il en a et qu’il rumine.
L’Odyssée a certains défauts du cinéma contemporain : trop long (le massacre final est inutilement étiré, répétitif et d’une violence complaisante), trop explicite – les dialogues virent parfois à l’explication de texte ou de mythe. Il n’en demeure pas moins un très grand spectacle, avec des scènes surnaturelles aux effets spéciaux très réussis (Circé, le cyclope, etc.). De plus, il interroge son spectateur sur son rapport au monde et sa condition, dans un univers où le pardon divin n’existe pas. En cela, il est fidèle à Homère.

L’ODYSSÉE, Christopher Nolan, 2026, 2 h 53
