Christopher Nolan, L’Odyssée

Les films de Christopher Nolan sont souvent des univers à part entière. Le monde y est une représentation allégorique de notre condition, notamment d’obsessions omniprésentes dans sa filmographie depuis Memento : le temps, le destin, la culpabilité.

Un mythe tel que celui d’Ulysse ne pouvait donc qu’inspirer Nolan. La lecture qu’il en fait est parfois un peu trop contemporaine, la tirade misandre de Circé sur les hommes qui sont tous « des porcs » (nous y voilà) en est le meilleur exemple. On peut en revanche ne pas rejoindre le chœur des identitaires de tout poil sur la couleur de peau de Lupita Nyong’o, dans le rôle d’Hélène de Troie. Si on représente depuis des siècles Andromède, princesse éthiopienne, en femme tout à fait blanche, c’est sans doute que l’on considère que la couleur de peau n’a pas d’importance dans un mythe par nature universel. Chez Nolan, Ulysse est un guerrier dévoré de culpabilité parce que son idée du cheval de Troie a conduit à un massacre, ce en quoi il ressemble à Oppenheimer, héros éponyme du film précédent du cinéaste. Son désespoir autant que la malédiction des dieux expliquent son errance. Matt Damon trouve là son meilleur rôle, remarquable de charisme et d’intensité, tout comme Anne Hathaway en Pénélope.

 

Le film met en scène, dans les dialogues et plus généralement le scénario, le destin tragique de tous les personnages, pris dans les rets de la malédiction d’Ulysse : fils, femme, prétendants de Pénélope, compagnons qu’il ne peut sauver. Les principales étapes de son odyssée sont ici les souvenirs qu’il en a et qu’il rumine.

 

L’Odyssée a certains défauts du cinéma contemporain : trop long (le massacre final est inutilement étiré, répétitif et d’une violence complaisante), trop explicite – les dialogues virent parfois à l’explication de texte ou de mythe. Il n’en demeure pas moins un très grand spectacle, avec des scènes surnaturelles aux effets spéciaux très réussis (Circé, le cyclope, etc.). De plus, il interroge son spectateur sur son rapport au monde et sa condition, dans un univers où le pardon divin n’existe pas. En cela, il est fidèle à Homère.

 

 

L’ODYSSÉE, Christopher Nolan, 2026, 2 h 53

#Cinéma #Culture

Nos titres

Paroles protestantes Est-Montbéliard
Liens protestants
Ensemble
Paroles protestantes Paris
Échanges
Réveil
Le Cep
Le Ralliement

Le christianisme dans l'œil de la caméra. Bible, Eglises et cinéma

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Le christianisme dans l’œil de la caméra, de Jacques Champeaux et Waltraud Verlaguet
Livres
Le christianisme dans l’œil de la caméra, de Jacques Champeaux et Waltraud Verlaguet
C’est toute l’originalité de la démarche de Pro-Fil qui est ici mise en œuvre à travers les thématiques abordées : partir, non pas d’un jugement théologique a priori mais du « discours mis en image » qu’est un film par définition.
Fjord, Cristian Mungiu
Cinéma
Fjord, Cristian Mungiu
Il est rare qu’un festival de Cannes donne le sentiment d’un tel accord. Sur la Croisette, les goûts s’opposent d’ordinaire avec vigueur, les jurys divergent et les palmarès nourrissent des discussions sans fin. Pourtant, cette 79e édition semble avoir trouvé son point de convergence avec Fjord, du cinéaste roumain Cristian Mungiu.
Un jour avec mon père, Akinola Davies
Cinéma
Un jour avec mon père, Akinola Davies
« Je reviens d’un pays où la mort n’est pas une cloison à franchir mais un chemin à suivre. »
Fjord, prix du Jury œcuménique du Festival de Cannes 2026
Jury oecumenique au Festival de Cannes
Fjord, prix du Jury œcuménique du Festival de Cannes 2026
Quelques heures avant la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, le jury œcuménique a décerné, samedi 23 mai 2026, son prix au long-métrage "Fjord" de Cristian Mungiu.
Cannes : le prix du jury œcuménique 2026
Cannes
Cannes : le prix du jury œcuménique 2026
Du 12 au 23 mai 2026 aura lieu la 79e édition du Festival de Cannes. L’un des films de la sélection officielle recevra un prix au regard particulier, celui du jury œcuménique.
Soumsoum, la nuit des astres
Culture
Soumsoum, la nuit des astres
Ce film déploie un conte fantastique d’initiation, à la fois minimaliste et profondément symbolique.
L’affaire Bojarski, Jean-Paul Salomé
Culture
L’affaire Bojarski, Jean-Paul Salomé
Drôle d’affaire, drôle de vie que celle du polonais Jan Bojarski, fabricant de faux papiers pour la bonne cause pendant la Seconde Guerre mondiale, et devenu par la suite un virtuose du faux billet, surnommé « le Cézanne de la fausse monnaie », au point que les « Bojarski » se vendent pour des sommes considérables aux enchères.
Ce qu’il reste de nous, de Cherien Dabis
Cinéma
Ce qu’il reste de nous, de Cherien Dabis
D’origine palestino-jordanienne, la réalisatrice, scénariste et actrice de ce film est née et a grandi dans l’Ohio. C’est le long traumatisme vécu par son père, un Palestinien exilé, qui lui fait proposer ici une fresque bouleversante, mêlant histoire et intime.
13e Festival de films « Regards œcuméniques »
Lyon
13e Festival de films « Regards œcuméniques »
La 13e édition du Festival de films "Regards œcuméniques" aura lieu les 17, 20 et 22 janvier 2026, à l'occasion de la semaine de prière pour l'unité des chrétien, au Cinéma Bellecombe à Lyon.