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Frédéric de Coninck
Qui êtes-vous ?
Je suis sociologue. Aujourd’hui je suis retraité et je ne fais plus d’enquêtes, mais je continue à m’intéresser à la manière dont les relations sociales évoluent autour de moi. J’ai été membre de diverses Églises protestantes au fil de mes déménagements. La plus décisive pour moi a été une Église mennonite en région parisienne où j’ai pu vivre la foi dans une triple dimension : individuelle, communautaire et sociétale. De la sorte, ma vie professionnelle et ma vie d’Église ont été en constant dialogue. Désormais j’habite Poitiers. Je suis marié et j’ai trois filles adultes qui habitent ailleurs en France.
Vous écrivez des essais mais vous tenez aussi un blog, « Tendances, Espérance » où vous réfléchissez aux évolutions de la société. Pourquoi écrivez-vous ?
En lisant ce qui se dit à droite et à gauche, dans la presse, autour de moi ou dans la littérature théologique, j’ai régulièrement l’impression d’un manque. Tout cela est inspirant, mais je vois des trous. Les chrétiens me semblent assez démunis pour donner sens à tout ce qu’ils vivent. J’essaye donc de tracer des perspectives au-delà de tel ou tel événement qui, tout d’un coup, fait l’actualité. Je regarde plutôt les évolutions de la société à moyen terme : comment y vivre ? Comment est-ce que le message de l’Évangile peut s’y incarner, en nous et autour de nous ? On a tendance à mener des vies morcelées, tiraillées entre des contraintes multiples, des sollicitations diverses. Comment traverser tout cela d’une manière pertinente ? J’essaye de construire les briques d’une sorte de spiritualité pratique : mettre chacun en mesure de traverser le quotidien porté par le souffle de l’Esprit. Cela m’évoque la règle de Pomeyrol : « Que dans ta journée labeur et repos soient vivifiés par la Parole de Dieu. »
Vous avez publié l’année dernière Nationalisme, guerres et paix. Le défi, envers et contre tout, de l’amour du prochain. Quelle est l’histoire de ce livre ?
C’est l’histoire d’un choc. Cela fait des années que j’écris dans mon blog et dans certains de mes livres que l’importance du vote populiste est une lame de fond qui correspond à des mutations sociales profondes. Mais j’écris cela d’une manière posée. Et tout d’un coup, au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République, en juin 2024, tout cela est devenu très concret. Je me suis dit qu’il fallait que je sorte de ma réserve. Il y a une chose qui pour moi est évidente : on peut sans doute défendre différentes positions politiques au nom de sa foi, mais on ne peut en aucun cas adopter une posture nationaliste. Et pourtant beaucoup de chrétiens l’ont fait au fil de l’histoire et continuent à le faire aujourd’hui. S’il y a une chose qui me paraît structurante dans le christianisme, c’est justement que, devant Dieu, aucune nation, aucun groupe social, ne peut se vanter d’une quelconque supériorité. Par ailleurs, mon ancrage mennonite me conduit à rechercher la paix (qui inclut la justice). Or je vois, de toutes parts, les logiques d’affrontement et de haine se développer. Il y a un effet de renforcement : les affrontements au niveau international font écho à la brutalisation des rapports économiques et donc du travail, ainsi qu’à une fragmentation de l’espace social. Et ce qui m’a spécialement fait un choc, c’est de constater que beaucoup de chrétiens ne voyaient pas la gravité de ce qui se jouait.
À lire :
Frédéric de Coninck, Nationalisme, guerres et paix. Le défi, envers et contre tout, de l’amour du prochain, Excelsis, 2025.

