Le poète de la vie et chanteur du « simple »

Antoine Caballe a écrit des chansons toute sa vie. Elles racontent ses rencontres, les moments qu’il vit. Elles ont été les compagnes de sa pédagogie lorsqu’il enseignait en primaire. Elles témoignent de sa foi, souvent de façon implicite, toujours de manière extrêmement sensible. Elles habitent en lui et l’habillent. À l’automne dernier, enfin, il franchit le cap et enregistre pour la première fois ces chansons qu’il porte en lui depuis si longtemps.

Lorsque nous nous rencontrons, Antoine Caballe se décrit comme tête en l’air, évoquant cette guitare qu’il a cassée parce qu’il l’a déposée dans un coin sans y prêter attention. Pourtant, au fil de la conversation, il déroule ses souvenirs, les situations qui ont donné naissance à ce premier album de chansons sorti à l’automne dernier. Et je finis par ressentir qu’Antoine n’est pas tête en l’air, mais plutôt combien il est sensible et attentif à ces milliers de petites choses qui font la beauté et la richesse de la vie. Il capte, il saisit, il perçoit et enregistre les petits détails, apparemment inutiles et qui pourtant donnent du sel et une saveur extraordinaire à ses textes.

 

(© RCF)

 

 

 

L’une de ses chansons s’appelle Un papillon – c’est l’une des préférées de sa petite-fille Marla qui en connaît les paroles par cœur bien sûr et danse elle-même comme un papillon sur les notes qui s’égrènent de la guitare de son grand-père. Elle évoque la beauté et la fragilité du papillon, si proches de la beauté et de la fragilité d’une chanson. L’un comme l’autre peut en un instant illuminer un moment et s’enfuir. Derrière cette chanson, il y a une histoire, comme derrière chacune des chansons qu’Antoine a écrites et composées. « Mes chansons renvoient toujours à une personne, une rencontre, une situation. » Derrière Un papillon, il y a l’histoire d’une classe où Antoine a enseigné. « Au dernier jour de cours avant les vacances d’été, nous étions en train de ranger la classe avec les élèves. Un des élèves arrive en me tendant une chenille qu’il a trouvée. Dans la précipitation du moment, je pose la chenille dans un placard avant de le refermer pour l’été. À la prérentrée, j’ouvre ce placard et je vois un papillon s’en envoler… À ce moment-là, les élèves n’étaient pas avec moi pour partager cet instant. Mais dès la rentrée, je l’ai revécu avec eux à travers cette chanson : “… l’avez-vous vu quand il s’envole, sur le chemin de notre école ?” »

 

Alors, oui, on conçoit aisément que lorsque l’attention est ainsi captée par ces détails qui fourmillent, que l’esprit est plein de ces chenilles qui deviennent des papillons, on puisse oublier une guitare dans un coin…

 

Antoine avec son « inséparable » guitare (© Le Progrès)

 

 

 

Un rêveur, les pieds sur terre

 

On pourrait croire Antoine rêveur, pourtant, il n’en est rien. Sa sensibilité et son attention à l’autre, à la rencontre, au moment, fondent au contraire son engagement dans le monde. Il reste par exemple très marqué par Antoinette Butte, la fondatrice de la communauté de Pomeyrol en 1938, qui accueillit en 1941 le groupe qui rédigea les « thèses de Pomeyrol » pour s’opposer à l’idéologie nazie. Cette rencontre a lieu pour Antoine alors qu’il a 27 ans et vit un tournant dans sa vie. Il découvre que Dieu n’est pas une simple abstraction, mais qu’il est présent dans le monde. Cette découverte le trouble fortement, elle a de nécessaires conséquences dans la vie de chacun et Antoine mesure alors combien nous « sommes loin de lui. » La rencontre avec Antoinette Butte va lui donner des clefs et des réponses face à ce trouble et marque certainement sa foi, mais aussi son engagement professionnel.

 

Antoine au micro de la radio RCF où il anime plusieurs émissions (© RCF)

 

 

 

L’espérance au cœur de sa pédagogie

 

Antoine a toujours été enseignant en primaire ; maître instituteur après son bac et l’effervescence de mai 68, il a poursuivi ses études, obtenant successivement sa maîtrise, puis son doctorat avec une thèse qu’il a travaillée pendant 12 ans autour de la question de la pédagogie biblique. Tout en poursuivant l’enseignement en primaire, dans des classes difficiles de l’agglomération stéphanoise, où 80 % des élèves étaient d’origine étrangère, il est donc devenu maître formateur et a même enseigné à l’IUFM en philosophie de l’éducation et en pédagogie.

 

Ses chansons ont rythmé les journées de classe ; pour les cours de maternelle, par exemple, il a composé une comptine pour chacun des phonèmes (les sons) de la langue française, mais aussi des centaines de chansons qui reprenaient les événements de la vie de la classe en tentant de leur donner un sens – comme cette colombe, tache blanche, un jour posée sur le noir crassier qui constituait l’horizon aperçu de la fenêtre de la classe. « J’ai toujours cherché à dire ma foi et mon espérance dans mes chansons, mais bien sûr, il fallait que je les dise sans prononcer certains mots comme Dieu ou Jésus, ce qui aurait été impossible dans l’Éducation nationale. »

 

 

Des chansons qui font écho

 

La question du sens traverse les chansons d’Antoine comme le fil de la chaîne d’un tissage : elle tient l’ensemble, cachée derrière le motif dessiné par la trame. C’est qu’en quelques mots et notes posées sur sa guitare, Antoine sait condenser tout à la fois la légèreté d’une histoire vécue, avec le sérieux de l’Histoire avec un grand H et la profondeur de ses convictions… Ainsi, dans la chanson Le maçon de vers chez moi, il y a l’écho de l’histoire racontée par un enfant en classe, mais aussi celle de son propre père – réfugié catalan, arrivé en France en 1938 et qui a bâti la maison où Antoine habite encore aujourd’hui. Mais, pour un chrétien n’y a-t-il pas bien plus derrière la description de cet homme qui n’a pas de toit au-dessus de sa tête ? « Moi, ma maison c’est le ciel […] ma porte, c’est l’arc-en-ciel et mes fenêtres, vos visages… J’ai mes chemins près des étoiles. »

 

Tous les matins, Antoine écrit. D’abord les paroles, puis la musique qu’il a apprise en autodidacte en jouant de la main gauche la guitare de sa sœur droitière. Avec l’âge de la retraite, il a enfin pris le temps de les répertorier ; il en avait écrit 1800 au moment d’enregistrer son CD… À combien en est-il aujourd’hui ? Il ne sait pas vraiment, il sait qu’il traverse une période où il écrit plutôt des cantiques, porté par ses lectures des psaumes : « j’ai l’impression qu’elles sont là et qu’elles sortent… »

 

 

 

 

REPÈRE

 

C’est poussé par ses proches, son frère Luis et son neveu Johan particulièrement, qu’Antoine franchit le pas d’enregistrer ses chansons en 2017. En une journée passée au studio de Johan, ils enregistrent plus de 40 chansons pour ne retenir que les 18 qui composent le premier album Le pays rivage sorti à l’automne.

 

L’album est en écoute et en vente sur le site internet https://antoinecaballe.bandcamp.com. Vous pourrez acheter l’album dans sa version « dématérialisée » à 10 € ou le CD à 15 € qui vous sera expédié. Il est même prévu que vous puissiez offrir l’un ou l’autre directement à partir du site ! Ne perdez pas de temps pour découvrir ce poète de la vie !

 

 

 

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