Le prochain est celui qui porte secours

Saint Bernard, ange gardien, bonne étoile… Autant d’images pour illustrer le secours à autrui. Une figure biblique nous vient aussi en tête : le bon Samaritain. Sauveteur, dépanneur, ou simple coup de pouce, quand je fais mon bon Samaritain, j’aide mon prochain un peu malgré moi. Pourtant le texte ne dit pas exactement ça…

Qu’il soit bon n’est pas la question (Luc 10, 25-37) 

 

Samaritain, ni bon ni mauvais…
Le bon Samaritain, la femme adultère, les ouvriers de la dernière heure… Autant de titres qui enferment d’emblée les personnages bibliques dans des costumes taillés sur mesure, et des textes dans des coutumes de lecture. Dans le texte qui nous intéresse, le Samaritain n’est ni bon, ni brave, ni gentil, ni noble. Comme si celui-ci était l’exception qui confirmait que tous les autres ne le sont pas. Car dans cette partie du monde au premier siècle de notre ère, les Samaritains étaient des citoyens de seconde zone, des métèques. Oserions-nous parler en ce début de XXIe siècle de la parabole du bon arabe, du bon migrant, du bon noir, du bon juif ? 

 

©pixabay

Un tableau dans le tableau
Ce récit est une fiction placée dans la bouche de Jésus. Elle permet de répondre à la question : « qui est mon prochain ? » L’histoire proposée doit amener l’auditeur à trouver lui-même la réponse. À la manière d’un midrash, la parabole ouvre un imaginaire qui seul peut créer les conditions idéales à la prise de conscience. Cette approche s’apparente à la méthode maïeutique (accouchement) attachée à la philosophie de Socrate. Le Samaritain de ce texte n’a pas le même statut que des personnages des Évangiles, les disciples ou la foule des anonymes. Le Samaritain est un élément de la parabole qu’il faut prendre comme un tout. Il n’est pas un modèle.

 

Bonne poire ?
Car si la morale de l’histoire c’est d’être un bon Samaritain, un Saint Bernard, un ange gardien, une âme charitable collectionnant les bonnes actions, alors nous passons à côté du texte. D’abord, parce qu’être le sauveteur ou le sauveur de quelqu’un ne se décrète pas, ou alors j’utilise la misère d’autrui pour mon orgueil spirituel. Ensuite, parce que le texte ne met tout simplement pas la lumière sur le Samaritain mais sur un autre personnage : l’homme à terre. En fait, on ne nous parle que de lui, mais à travers le regard des autres figures de l’histoire. L’action du Samaritain n’est là que pour faire ressortir par contraste l’inaction des religieux. 

 

Pas celui que l’on croit
D’où la question finale de Jésus (v. 36) : « qui est le prochain de l’homme à terre ? » Le prochain n’est donc pas l’homme secouru mais l’homme qui porte secours ! Mon prochain n’est pas celui que j’aide mais celui qui m’aide. Aimer mon prochain comme moi-même, c’est m’en remettre à cet autre – que je n’attends pas, que je n’aime pas, que je ne veux pas – qui m’approche, me touche et me soigne de cette maladie que l’on appelle la peur, le préjugé, le racisme, l’ostracisme. Quand je suis sans défense, sans défiance, alors Dieu me donne une chance d’être aimé par un prochain… pas si lointain.

 

 

 

 

 

 

 

#Spiritualité

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