Pour une théologie des relations

Dans un monde où le virtuel prend une place importante, la rencontre réelle, se frotter à l’autre dans sa réalité concrète n’est pas toujours possible.

Pour des raisons d’empreinte carbone ou de coût, nous y renonçons parfois volontairement. Alors nous imaginons comme l’autre vit, ses joies et ses difficultés, mais notre imagination part toujours de notre réalité personnelle. Ou de ce que nous montrent les médias ou les réseaux sociaux. Il nous est impossible de mesurer, ressentir véritablement ce qui fait la sève et le concret de la vie de l’autre dans son contexte tant que nous n’y allons pas. Il est impossible de tisser une relation réelle tant que nous ne mangeons pas à la même table, que nous ne dormons pas dans la même maison et que nous n’utilisons pas les mêmes commodités pour nous laver.

 

 

Désincarnation des relations

 

À la Cevaa nous expérimentons cette difficulté de la relation réelle ou son opposée la relation virtuelle au quotidien. Nous constatons que nos relations avec les frères et sœurs au loin sont fragiles et vulnérables parce que nous le sommes nous-mêmes.

 

Une réunion zoom est utile pour régler des questions et avancer sur des points techniques, mais elle ne permet pas d’être avec l’autre dans la réalité de sa vie. Elle ne permet de ressentir le chaud ou le froid comme l’autre. Elle ne permet de sentir l’odeur du poisson braisé et de le manger ensemble avec les doigts. Elle ne permet de comprendre le sommeil dans le bruit d’une ville animée comme Dakar où les appels à la prière musulmane interrompent le repos plusieurs fois dans la nuit.

 

Cette distance physique malgré une apparente proximité grâce à whatsapp ou d’autres outils de communication moderne nous donne l’illusion de connaître le monde, la réalité de l’autre. Mais c’est un leurre.

 

Aller à la rencontre pour comprendre leur vie. Claudia Schultz, à Madagascar,
avec des villageois recevant de l’eau potable – © DR

 

 

La relation constitutive à l’humain

 

Dans son discours sur les premiers chapitres de la Genèse, en 1932 à Berlin, Dietrich Bonhoeffer expose que l’image de Dieu en l’être humain renvoie non pas à une quelconque identité d’être, mais à une « analogie de relation » ce qui, en l’homme, est l’image de Dieu, c’est sa relation à l’autre, au prochain, c’est le fait qu’il est appelé à entrer en relation, parce qu’« il n’est pas bon que l’homme soit seul ». De même que le Dieu trinitaire est en relation avec soi-même et qu’il se donne dans la relation avec l’être humain, de même la relation à l’autre est constitutive de la créature humaine, telle que Dieu l’a conçue et voulue. D’où l’importance de la relation juste, guidée par l’amour, l’attention, le respect de l’autre. « Le rapport à l’autre est bel et bien la pierre de touche de la théologie », écrivit le pasteur Roland Revêt, Secrétaire général de la Cevaa en 1994.

 

 

Des relations en quatre dimensions

 

La vie trouve sa source et son fondement dans la relation. Nos vies sont faites de relations en quatre dimensions : avec Dieu, avec soi-même, avec l’autre et avec la nature. Une relation qui est basée sur l’amour et non pas sur l’utilité. Une relation qui se fait proche de l’autre là où il vit, pour l’écouter et qui ne le considère pas comme une ressource à exploiter ou à enrichir ma vie personnelle. Nous lisons dans la Bible que Dieu lui-même a pris la décision de venir physiquement, réellement auprès des humains en envoyant son fils, car ses serviteurs n’ont pas été respectés ni écoutés (Marc 12.1-6). Dieu a pris le risque de la relation réelle avec les humains. Il se rend présent, proche et vulnérable. Il a fait l’expérience de la vulnérabilité et de la fragilité. Mais son amour pour nous est plus grand que tout. Il nous dit que toutes les créatures humaines et non humaines sont faites pour aimer et être aimées.

 

 

 

 

 

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