
Cela faisait longtemps que nous voulions y aller, comme ça, pour voir. Alors cette année nous nous sommes décidés. Comme c’était l’anniversaire de Maman, nous lui avons offert le voyage. Nous sommes donc partis à trois, sous la pluie, direction le Sud, la glacière remplie du pique-nique que nous emportions avec nous et les chapeaux de paille bien rangés dans le coffre.
Mais qu’allions-nous vraiment trouver ?
- Un marché de Wazemmes ?
- Des quais de métro aux heures d’affluence ?
- Des bouchons comme lors des grands départs en vacances ?
On nous annonçait quinze mille personnes !
Quinze mille personnes ici, assises sous les arbres ! Et pour se garer ? Et pour le repas ? Et si la sonorisation était mauvaise ? Et si les enfants couraient partout ? Une Sainte Cène ? À quinze mille ? Bon, nous demandions à voir !
Et nous avons vu ! Une organisation parfaite, des places pour tout le monde, des habitués très bien installés, des enfants pris en charge pour des animations, des familles entières, une multitude qui commençait à arriver dès 8 heures 30 le matin, dans le plus grand calme, sur un terrain parfaitement propice puisqu’il est en gradins et qu’il ressemble à un théâtre antique, un nombre invraisemblable de croix huguenotes au m2, tous formats et tous modèles, aucune agressivité, aucun cri, aucun débordement.
La veille, nous avions visité le Musée du Désert. Tout au long de la visite, je me demandais pourquoi et comment ces hommes et surtout ces femmes avaient pu supporter tant de souffrance ? Et j’ai eu ma réponse à la fin de la visite où il était écrit que si tous ces pauvres gens n’avaient pas été jusqu’au bout de leur martyre, s’ils n’avaient pas résisté, il y a de grandes chances pour que la religion protestante ait disparu complétement de la surface de la terre. Alors j’ai mieux compris.
Le culte a commencé dans un calme et un recueillement impressionnants.
La sonorisation parfaite nous a permis de tout entendre jusqu’aux froissements des feuilles de papier entre les mains du pasteur, tout comme le bruissement des feuilles dans les arbres.
Et j’ai filmé le silence.
Tout ce que je demande, c’est qu’il soit permis au peuple fidèle d’écouter parler son Dieu…, tel était le thème de la journée[i]. Et la Parole de Dieu est arrivée jusqu’à ses fidèles en passant par le feuillage des châtaigniers du Mas Soubeyran. Elle s’est propagée tel un fleuve tranquille et elle a envahi les cœurs.
Est-ce l’endroit où il faut être vu ? C’est en tout cas l’endroit d’où l’on repart avec une parole forte.
Dans ces temps difficiles, dans ces temps d’incertitude, ne soyez pas inquiets, mettez votre confiance en Dieu, mettez votre confiance dans sa Parole… Des jours meilleurs viendront que tous ne verront peut-être pas, mais écoutez la Parole de Dieu et vos peurs et vos angoisses s’atténueront.
Je ne savais pas exactement ce que j’étais venue chercher, mais c’est avec cette parole que je suis repartie, et elle m’accompagne depuis.
[i] Assemblée du Désert du dimanche 6 septembre 2009 : cette année commémorait le 500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin, figure historique, réformateur inventeur d’un modèle d’Église qui a essaimé dans le monde et dont l’éthique et le style de vie font référence. « Écoutez cieux, et toi, terre, prête l’oreille, car l’Éternel parle » (Ésaïe 1,2) c’est le thème développé par le pasteur Marcel Manoël – alors président du Conseil national de l’Église réformée de France… Un moment d’intense prière, solitude individuelle au milieu des multitudes. Un instant rare !
