Porter du fruit

Dans l’Évangile de Jean, Jésus recourt à l’image de la vigne pour dire que Dieu prend soin de nous, que nous avons besoin de nous attacher au Christ pour donner du fruit pour l’autre.
Le Christ permet au chrétien de porter du fruit
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Tout au long de l’année, les viticulteurs s’activent dans la vigne pour qu’elle produise du bon fruit. Peu de cultures nécessitent autant de travail attentif et ingénieux de l’homme. De novembre à mars, c’est le temps de la taille dont résultera la vigueur du plant. Puis, en mars-avril, les branches laissées sur le cep sont attachées pour que la plante se développe dans le sens souhaité. De mai à juillet, par le relevage et le palissage, les brins sont maintenus à la verticale pour que la plante capte le maximum de soleil. Après la floraison, qui a lieu en juin, il reste encore à supprimer les repousses pour favoriser la fructification. Ce sont donc d’abord les soins constants dont le viticulteur entoure sa vigne qui sont mis en évidence dans la comparaison : la présence attentive, attentionnée de Dieu. Dieu prend soin de son peuple comme l’ont déjà souligné les prophètes Esaïe ou Jérémie.

 

« Je suis la vigne vous êtes les sarments »

 

Jean ajoute une idée : le Christ est comme un cep de vigne sur lequel les croyants vont s’attacher comme les branches. Ainsi, la question n’est plus de vivre sa vie de vigne pour appartenir au peuple de Dieu, mais de se relier au cep qu’est le Christ pour en recevoir la sève. Être sarment, c’est reconnaître dans le Christ le principe même de la floraison, de la croissance et de la fructification. Croître, fleurir, fructifier, des mots qui pourraient entraîner dans une logique de rentabilité, mais il ne s’agit pas de devenir de plus en plus gros ou de plus en plus puissant.

 

« C’est moi qui suis la vraie vigne et mon père est le vigneron »

 

L’horizon esquissé par Jésus est de donner du fruit. Qu’est-ce qu’un fruit ? À quoi sert-il ? Pour l’arbre même, on pourrait dire « à rien » mais il va profiter aux autres, soit pour donner un nouvel arbre, soit pour offrir de délicieuses saveurs. Le fruit est signe d’une présence qui dépasse, déborde et mène à une nouvelle vie. Il ne s’agit pas de porter des fruits pour soi-même, pour se sentir bien, pour avoir du courage car le chemin que dessine l’Évangile consiste à donner. La comparaison de l’Évangile de Jean ne dit pas quoi : chacun donne ce qu’il peut, peu importe, mais chacun a quelque chose qu’il peut offrir.

 

« Le Père ôte ce qui est sec et ce qui est vert, il l’émonde afin que le fruit vienne. »

 

Mais il y a sans doute quelque chose de gênant dans ce texte : l’insistance sur la taille et les coups de sécateurs du vigneron. Certes, pour la vigne, nous savons bien que la taille et les coups de sécateurs sont nécessaires pour que la plante ne s’étouffe pas dans une profusion de feuilles. Mais lorsqu’il s’agit d’êtres humains, on ne peut pas le dire comme cela. Peut-être, y a-t-il des éléments à tailler dans nos vies : soit que nos vies s’éparpillent dans un flot d’activités, soit que nous nous desséchions dans une course sans fin. Mais de là à dire que Dieu vient tailler les sarments que nous sommes pour nous recentrer et qu’il brûle ce qui est desséché… C’est une image de Dieu qui nous perturbe. Comment la comprendre ? Lanza del Vasto, pacifiste et fondateur des communautés de l’Arche, explique ainsi l’image de brûler les sarments. « Chaque fois qu’il est question de brûler dans l’Évangile, je pense qu’il faut entendre non pas l’enfer mais simplement le monde et le temps. Celui qui est ramassé reste dans le temps, notre temps où tout passe, et se transforme en fumée, en néant, tout brûle, alors que ceux qui se greffent sur le Christ sont réunis en un bouquet vivant. » (D’après Commentaire de l’Ev. p. 452).

 

 

 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (15, 1?8)

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

 

 

 

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