Les protestants sont souvent discrets sur leur expérience d’une rencontre personnelle avec le Christ. On peut évoquer des raisons historiques, le registre de l’intime et le message évangélique lui-même, qui invite parfois à la discrétion plutôt qu’aux manifestations ostentatoires. A contrario, nous sommes convaincus que la foi n’est pas transmissible par une adhésion à un dogme, à une institution : si elle est intransmissible, alors qu’un bien peut l’être par donation ou héritage, la foi ne peut advenir que si des témoins en parlent.
Celui « en qui » je crois
Michel Bertrand nous a permis de méditer pendant trois jours sur le témoignage, la tension entre la défiance par rapport à un message arrogant, dominateur et la nécessaire transmission – en particulier par la parole mais pas uniquement par la parole. N’en déplaise aux protestants que nous sommes !

Retraite à Roquefort-les-Pins, fin janvier
© Anne Raoux
L’archétype du témoin est peut-être Jean le Baptiste qui précède et désigne un Autre que lui-même : Jésus le Christ. Les artistes ont bien traduit ce message dans l’iconographie religieuse, Jean désignant Jésus à son baptême ou, comme dans le retable d’Issenheim, pointant son doigt vers le crucifié. Témoigner de sa foi, ce n’est pas rechercher l’adhésion d’un autre à ce que l’on croit, mais à Celui en qui l’on croit. Ce message est en rupture totale avec les valeurs de nos contemporains : Celui en qui nous croyons est un supplicié.
Le « presque rien » à partager
Les grands témoins de l’Évangile nous intimident ? Michel Bertrand nous rassure à partir du récit de la multiplication des pains : les disciples n’ont presque rien, cinq pains et deux poissons, pour nourrir une grande foule. Mais ce « presque rien », Jésus nous enseigne que nous pouvons le partager. Elle est là, la mission du témoin, partager ce « presque rien » que nous possédons et que, peut-être, nous aimerions bien garder pour nous.
Autre obstacle au témoignage : la laïcité à la française ? Michel Bertrand n’élude pas la question du contexte dans lequel nous vivons. La loi de 1905 est trop souvent considérée, à tort, comme une loi antireligieuse. Elle garantit, au contraire, la liberté de l’exercice public des cultes, dans la limite du respect de l’ordre public. Mais la laïcité n’est pas une valeur à afficher sur les frontons de nos monuments ou sur nos bannières, elle n’est qu’un dispositif juridique, ce qui est déterminant.
Il y aurait encore tellement de richesses à transmettre sur l’enseignement de Michel Bertrand qu’un numéro entier de ce journal n’y suffirait (peut-être) pas !
