La catholicité

L’Église est catholique, proclame le Credo. Mais par ce terme riche et complexe, qu’entend-on exactement ? Le travail du Groupe des Dombes propose aux chrétiens de toutes confessions le fruit de sa réflexion.

Quand les chrétiens affirment – par exemple en récitant le Credo – croire l’Église catholique, que disent-ils en fait ? Les catholiques pensent peut-être spontanément à leur Église. Côté protestant on remplace souvent le terme « catholique » par « universel » pour qu’il fasse moins penser à l’Église romaine.

 

 

L’universalité vient du Christ

 

Mais ce choix protestant incite à se concentrer sur l’universalité de l’Église quitte à gommer artificiellement les différences confessionnelles et ne pas prendre en compte l’enjeu réel du mot « catholique ». Est catholique ce qui est universel bien sûr, mais cela se rapporte au Christ. La seule catholicité est celle de Jésus-Christ, c’est son universalité qui est le fondement de toute l’Église chrétienne au-delà de ses différentes confessions.

 

 

Fondé en 1937 à l’initiative de l’abbé Paul Couturier avec le pasteur Richard Baumlin, le Groupe des Dombes a pris à bras le corps ce sujet. Formé de théologiens et de pasteurs catholiques et protestants de France, Belgique et Suisse, le Groupe des Dombes n’avait pas publié de document de ce type depuis douze ans, ce qui donne une idée de la complexité du thème.

 

Le livre qui ressort de ces travaux devrait inspirer des prolongements au sein des Églises chrétiennes, comme cela avait été le cas pour les précédents. Il y a en tout cas dans ce travail « des éléments qui peuvent susciter une conversion pour tendre ensemble à une authentique catholicité réformée », signale le communiqué des Dombes du 7 novembre.

 

 

Des sens différents selon la période historique

 

Pour le père Michel Fédou, directement impliqué dans ce travail, le mot « catholique » inscrit dans le Credo de Constantinople pose des questions difficiles, parce qu’il a revêtu diverses significations dans l’histoire. Dans l’Antiquité, le terme pouvait signifier « universel », mais il désignait aussi une certaine orthodoxie par contraste avec des communautés hétérodoxes ou hérétiques. Surtout, depuis le xviie siècle, il s’applique également de manière spécifique à l’Église romaine et aux Églises orientales.

 

 

Face à cet empilement de sens, deux questions se posent. Quelle compréhension les protestants accordent-ils à l’affirmation « Je crois l’Église catholique » ? Pour les catholiques, le mot n’est pas totalement défini non plus et a parfois servi à justifier des positions de l’Église ou des options liturgiques ou pastorales. Quelles nuances a-t-il réellement ? S’ajoute à ces questions une réalité concernant le Credo, la version dite dans les Églises protestantes n’étant pas totalement la même que pour l’Église catholique. Les protestants croient l’Église universelle (sous-entendu croient que l’Église est universelle), là où le catholicisme croit en l’Église. Autrement dit, la notion d’universalité touche aussi la nature de la foi : l’Église n’est pas un sujet de la foi pour les protestants, car elle n’a pas de rôle d’intermédiaire entre Dieu et l’être humain.

 

 

Continuer le travail sur le terrain

 

La multiplicité de ces compréhensions met parfois à mal la recherche d’unité des Églises. Le mérite du travail de ce Groupe des Dombes est donc de poser les questions et d’en fouiller les contours, afin que les chrétiens puissent débattre en toute connaissance de cause.

 

Dans les années 1980, le Conseil œcuménique des Églises avait présenté Baptême, eucharistie, ministère, un texte qui avait suscité de nombreux partages dans les Églises locales protestantes, renforçant pour les paroissiens la compréhension des sacrements. Le même exercice pourrait être proposé à partir du travail actuel des Dombes.

 

 

De toutes les nations… Pour la catholicité des Églises, Éditions du Cerf, coll. « Patrimoines ».

 

 

 

 

 

#Oecuménisme #Spiritualité

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