Passage de témoin

Aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008, l’équipe américaine de relais 4 x 100 mètres alignait des coureurs parmi les plus rapides du monde. Elle pouvait prétendre à la médaille d’or. Pourtant, elle a été éliminée sans gloire. Pourquoi ? Parce qu’en tête de la course, les troisième et quatrième relayeurs ont manqué leur transmission et laissé tomber le témoin.

© mezzotint123rf

 

Le récit que fait Jean de l’appel des premiers disciples a quelque chose d’une course de relais… (Jean 1.35-51). Il se déroule en effet en cinq scènes successives, qui sont ponctuées par le changement de mains du témoin.

 

Se mettre en route

 

Dans la première scène, Jean-Baptiste passe le relais à deux de ses disciples, qui se mettent à suivre Jésus. Dans la seconde, les deux disciples marchent à la suite de Jésus, et découvrent « où il demeure ». Dans la troisième scène, André passe le témoin à Simon, son frère, qui rencontre Jésus. Dans la quatrième, Jésus appelle Philippe. Dans la cinquième enfin, Philippe transmet le témoin à Nathanaël, qui à son tour rencontre Jésus. Trois familles de verbes traversent ces différentes scènes et tissent une ligne de sens, permettant de comprendre ce qui se joue dans ce relais.

 

Des verbes de mouvement d’abord, c’est logique, dans un relais. Tout commence par un point fixe, qui ne bouge pas : Jean-Baptiste qui, nous dit le texte, « se tient là », au bord du Jourdain. Son rôle à lui n’est pas de marcher ni de suivre ; il initie le mouvement, il le lance, il en est à l’origine. Il désigne Jésus pour ses disciples, Jésus qui lui, « marche », dit le texte. Jésus est en mouvement, et ne s’arrête jamais. Jésus nous entraîne à sa suite, non pour nous emmener quelque part, en un lieu précis, mais pour nous mettre en route, nous sortir de nos immobilismes, de nos enfermements, de nos scléroses. Jésus marche, et nous met en marche.

 

La seconde ligne de sens est formée par les verbes de perception.

 

Et devenir des passeurs

 

C’est surtout le registre de la vue qui est ici sollicité. Mais la « vue » dont il s’agit est bien plus qu’une simple perception. Elle est connaissance et reconnaissance. Jean-Baptiste fixe Jésus, le reconnaît, et le désigne comme l’Agneau de Dieu. Jésus voit les disciples qui le suivent, et par ce regard, accueille leur attente et les reçoit. Les disciples, invités par Jésus à venir et à voir, voient bien au-delà des simples apparences. Leurs yeux s’ouvrent, et c’est Dieu lui-même qu’ils perçoivent.

 

La troisième ligne de sens, proche de la seconde, est formée par les verbes « chercher » et « trouver ». La mise en marche des disciples à la suite de Jésus est identifiée par lui comme une « recherche » : « Que cherchez-vous ? ». Le verbe « trouver » apparaît de trois manières : les disciples expriment, comme une profonde confession de foi, la conviction d’avoir « trouvé » celui qu’ils cherchaient ; mais ils sont aussi ceux qui ont été trouvés par Jésus qui les cherchait. Enfin, les disciples, dans ce passage de témoin les uns aux autres, se « trouvent » les uns les autres : André trouve Simon, son frère, Philippe trouve Nathanaël.

 

Reconnaissons-le, nos vies s’apparentent bien souvent à une course effrénée dont le but n’apparaît pas toujours clairement… Et si nous ralentissions le pas ? Et si nous nous laissions mettre en route d’une autre manière, par le regard que Jésus porte sur nous, ce regard qui nous reconnaît et nous appelle ? Alors, fortifiés par ce regard, nous pourrions à notre tour devenir des passeurs, et tendre le témoin à d’autres…

 

 

 

 

 

 

 

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